Conférence des Églises européennes - Communion ecclésiale de Leuenberg
Consultation sur l'ecclésiologie
28 novembre - 1er décembre 2002
Communiqué
Une consultation sur l'ecclésiologie s'est tenue du 28 novembre au 1er décembre 2002 à l'Académie orthodoxe de Crète. Elle était organisée par la Conférence des Églises européeennes (KEK) de Genève et le Secrétariat de la Communion ecclésiale de Leuenberg (CEL) de Berlin. Y ont participé: des évêques et des théologien(ne)s d'Églises orthodoxes et vieilles orientales, ainsi que d'Églises luthériennes, réformées et unies de la Communion ecclésiale de Leuenberg. Des invités représentant l'Accord de Porvoo étaient également présents. Toutes ces Églises sont membres de la KEK.
Le thème choisi était l'étude intitulée "L'Église de Jésus-Christ" (Leuenberg texte 1, Francfort-sur-le-Main, 1995), adoptée à Vienne en 1994 lors de la quatrième Assemblée générale de la CEL et développant à partir d'une perspective ecclésiologique le consensus fondamental des Églises de la Réforme tel qu'il a été formulé dans le Concordat de Leuenberg de 1973. Le sous-titre de l'étude "La contribution de la Réforme au dialogue oecuménique sur l'unité de l'Église" invite au débat oecuménique. Ce texte est largement influencé par les conversations conduites entre Églises protestantes et les dialogues menés avec l'Église catholique romaine. D'où l'intérêt d'avoir avec les théologiennes et théologiens des Églises orthodoxes européennes un dialogue sur les différents contextes abordés par ce texte. La présente consultation sur l'ecclésiologie revêtait également une importance particulière du fait que cette question n'a encore jamais retenu suffisamment l'attention dans le cadre de précédents dialogues entre l'Église orthodoxe et les Églises de la Réforme. Cette consultation avait par ailleurs pour objectif d'apporter une contribution substantielle à la compréhension entre Églises au sein d'une Europe dont les liens se resserrent.
Dans un premier temps, quatre exposés se sont succédés: Le Secrétaire de la CEL, Dr. Dr. h.c. Hüffmeier, a présenté une introduction sur l'histoire, les fondements théologiques et la structure organisationnelle de la CEL. Prof. Dr. Viorel Ionita, Secrétaire aux Études de la KEK, a fait le point sur les différents dialogues en cours entre les Églises orthodoxes et les Églises de la Réforme. L'étude "L'Église de Jésus-Christ" a ensuite fait l'objet de deux commentaires: celui du Prof. Dr. Michael Beintker dans une perspective évangélique et celui du Prof. Dr. Grigorios Larentzakis d'un point de vue orthodoxe.
Ces quatre exposés ont été suivi par une discussion intensive au cours de laquelle il est apparu clairement qu'en dehors des concepts théologiques doctrinaux propres à chaque confession, la volonté (en grec: phronima) des partenaires de rechercher les points communs et d'apprendre les uns des autres au lieu de vouloir à tout prix défendre leur position, était déterminante pour la réussite de conversations communes.
L'analyse de l'étude "L'Église de Jésus-Christ" a fait ressortir que certains passages du texte exprimaient des positions communes, tandis que d'autres nécessitaient une clarification du point de vue orthodoxe et que d'autres encore étaient considérés comme restant encore sujets à controverse.
Sur la base de cette étude, il a entre autres été mis en évidence comme position commune le fait que l'Église repose sur la Parole du Dieu trinitaire (1.1.1.) qui est donc reconnu comme fondement et source de son action. Par là même, l'idée d'une Église d'origine humaine, répondant uniquement à des facteurs sociaux ou sociologiques, est réfutée. L'Esprit de Dieu n'isole pas, il unit" (I, 1.3.). La dimension pneumatologique du témoignage vivant de l'Évangile et la réalisation de la communion sont donc essentielles. L'étude souligne le caractère apostolique de l'Église en ces termes: "La Réforme conçoit la pratique de la succession apostolique comme un retour constant au témoignage apostolique. Ce qui oblige l'Église à un témoignage authentique et missionnaire de l'Évangile de Jésus-Christ en conformité avec le message apostolique" (I 2.3). Une façon également d'exprimer la continuité de la foi apostolique de ses débuts à nos jours, elle qui donne un sens aux efforts que nous pouvons déployer pour parvenir à l'unité et qui en fait pour nous un devoir. Les participants étaient d'accord pour reconnaître, comme condition préalable à l'unité de l'Église, la nécessité de vaincre d'abord les condamnations doctrinales.
Les aspects nécessitant une clarification du point de vue orthodoxe et ayant donné lieu à une discussion étaient entre autres les suivants: Que faut-il entendre par compréhension commune de l'Evangile et des sacrements? Quels sont les critères d'une prêche pure et d'une administration des sacrements conforme à l'Évangile (cf. Confession d'Augsburg Art. 7)? Le message de justification est-il suffisant comme expression ou critère d'une compréhension commune de l'Évangile et dans quelle mesure a-t-on le droit de faire la distinction entre "l'Église de la foi" et "l'Église visible"?
Quant aux points restant sujets à controverse, en voici un aperçu: L'Église peut-elle être qualifiée de "pécheresse"? Pour les Églises expérimentant encore des différences confessionnelles et doctrinales peut-on parler de "diversité réconciliée" et envisager une célébration commune de l'eucharistie?
En outre, une autre question mérite une discussion plus approfondie: Dans quelle mesure la conception de l'unité telle que formulée par le Concordat de Leuenberg peut-elle représenter un modèle d'unité entre les Églises de la Réforme et l'Église orthodoxe, même si de nombreux aspects positifs ont été mis en exergue ensemble?
Il faudrait également à l'avenir se demander comment renforcer le témoignage commun et le service commun des Églises dans une Europe dont les liens se resserrent. Dans l'étude de l'ecclésiologie, une attention particulière devrait être accordée aux différences relevées au niveau des langages théologiques traditionnels et des systèmes de pensée. D'autres questions pertinentes pourraient être formulées comme suit: Dans quelle mesure la distinction faite par le Concordat de Leuenberg et l'étude "L'Église de Jésus-Christ" entre le fondement et la forme de l'Église de Jésus-Christ trouve-t-elle une correspondance dans l'ecclésiologie orthodoxe? Alors que l'histoire montre que les institutions ecclésiastiques en tant que telles n'offrent aucune garantie de vraie doctrine, une définition commune de l'identification de la vraie Église est-elle possible?
Une célébration commune du culte autour de la Parole de Dieu et dans le cadre de prières a représenté une dimension importante de cette consultation qui s'est déroulée dans une atmosphère constructive et conviviale. La Fête de l'apôtre Saint André a également donné lieu à une célébration commune. Les participantes et participants à la consultation recommandent à la Conférence des Églises européennes et à la Communion ecclésiale de Leuenberg la poursuite du dialogue. Cette consultation fait l'objet d'une documentation qui sera publiée.
Chania, Académie orthodoxe de Crète, 1er décembre 2002
Revd. Dr. Keith Clements (Geneva),
Prof. Dr. Viorel Ionita (Geneva),
H.E. Erzbischof Jeremiasz (Warsaw),
Prof. Dr. Dimitra Koukoura (Thessaloniki),
Prof. Dr. Grigorios Larentzakis (Graz),
Lecturer Dr. Nicolae Mosoiu (Brasov),
Prof. Dr. Alexandros Papaderos (Kolympari, Chania),
H.E. Bishop Dr. Yeznik Petrossian (Etchmiadzin),
Archpriest Veikko Purmonen (Helsinki),
Prof. Dr. Pribislav Simic (Belgrade).
Membres de la délégation de la CEL:
Prof. Dr. Michael Beintker (Münster),
Oberkirchenrat Dr. Michael Bünker (Wien),
Pfarrerin Caterina Dupré (Carrara),
Prof. Dr. Reinhard Frieling (Marburg),
Präsident Dr. Wilhelm Hüffmeier (Berlin),
Oberkirchenrätin Dr. Christina Kayales (Hannover),
Bischof Dr. Rolf Koppe (Hannover),
Erzbischof Prof. Dr. Georg Kretschmar (St. Petersburg),
Prof. Dr. Christoph Markschies (Heidelberg),
Prof. Dr. Risto Saarinen (Helsinki),
Rev. Dr. Charles Hill (London), Représentant l'Accord de Porvoo.