CONFERENCE OF EUROPEAN CHURCHES
CONFERENCE DES EGLISES EUROPEENNES
KONFERENZ EUROPAEISCHER KIRCHEN


Le Mot d'Herrenalb

A l'occasion de la consultation organisée par la Conférence des Églises européennes
13-17 mars 2000, Haus der Kirche, Bad Herrenalb

" Rendre compte de l'espérance - le mandat commun des Églises européennes pour la mission "

" ...Lydie ... était tout oreilles; car le Seigneur avait ouvert son coeur ... " (Ac 16,14)

Nous nous sommes réunis à Bad Herrenalb, chrétiennes et chrétiens de 26 pays, représentant plus de 20 Églises et organisations oecuméniques [Conseil oecuménique des Églises (COE), Fédération luthérienne mondiale (FLM), Alliance réformée mondiale (ARM), Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE)] d'Europe et d'autres régions du monde, pour réfléchir ensemble sur le thème " Rendre compte de l'espérance - le mandat commun des Églises européennes pour la mission ". Un modèle de cette espérance a été pour nous la parabole biblique de Lydie (Acte des Apôtres 16) écoutant attentivement les paroles de l'Évangile et que Dieu rend sensible à sa parole en lui ouvrant le coeur.

Non seulement nous étions originaires de différents pays et appartenions à diverses Églises, mais nous avions aussi une sensibilité différente dans notre compréhension de la mission. En commun nous avions la conscience d'être chargés de témoigner dans nos sociétés pluralistes de Christ crucifié et ressuscité.

A l'aide d'études bibliques, d'exposés et de rapports sur le travail de la mission, nous avons échangé nos points de vue, appris les uns des autres et nous sommes inspirés mutuellement.

Nous avons pris conscience qu'un travail missionnaire fructueux nécessite une vision claire. D'après le témoignage biblique, cette puissance ne peut venir que de l'Esprit Saint (Ac 1,8). Pour concrétiser cette vision il faut mettre en évidence des possibilités d'action et initialiser certains processus. Nous avons eu un échange approfondi sur ce point et développé des propositions concrètes.

Ensemble, nous avons formulé des recommandations s'adressant à trois catégories de destinataires:

I. Les chrétiennes et chrétiens d'Europe

Dieu appelle chaque chrétienne et chaque chrétien à participer à sa mission dans ce monde. La mission ne concerne donc pas uniquement les théologiens, pasteurs, prêtres et missionnaires.

Le terme de mission a des acents multiples, même s'il est toujours question de la prédication de la Nouvelle libératrice de l'Évangile. En ce sens, la mission doit être interprétée comme une invitation pour chacune et chacun à vivre à partir de et dans l'espérance qui est en nous (1 Pierre 3, 15) et à en rendre témoignage à tous les hommes, à tout moment, prenant ainsi une part active au Corps du Christ (1. Cor. 12,12).

II Aux Églises d'Europe

Les Églises doivent prendre au sérieux leur fidélité au témoignage commun et à leur participation commune à la Missio Dei.

C'est pourquoi nous lançons un appel aux Églises d'Europe pour qu'elles accordent à la mission un caractère prioritaire dans leurs activités - en collaboration avec les Conseils nationaux de la mission, les départements missionnaires et les agences missionnaires.

Ce qui signifie aussi qu'elles s'orientent vers une mission commune. Au sein de chaque Église il existe déjà de nombreux instituts, initiatives et ressources très utiles à ce niveau. Il serait bon de les faire connaître davantage, de les rendre accessibles à tous et de les relier en réseau.

Toute forme de travail missionnaire sur le terrain doit avoir une consonance oecuménique - c'est-à-dire que les Églises doivent aspirer à collaborer de manière oecuménique et à placer leurs activités missionnaires sous le signe de la discipline oecuménique. En outre, il est important d'ancrer la dimension missionnaire dans la formation théologique et de mettre en place un programme missionnaire global, commun aux facultés et instituts rattachés à diverses confessions.

Une mission efficace se doit toujours d'être adaptée au contexte. En d'autres termes: le travail missionnaire doit prendre en compte la situation culturelle, politique et économique que connaît l'Europe aujourd'hui.

La mission est indissociable du respect mutuel et de l'estime réciproque des Églises et communautés religieuses.

III A la KEK

Nous sommes reconnaissants à la KEK pour le rôle important qu'elle joue en tant que " pont " et plateforme pour la coordination et l'échange sur le travail missionnaire des Églises d'Europe. En connaissance de cause du fait que dans le contexte actuel les possibilités de la KEK ne sont pas illimitées, nous aimerions faire les suggestions suivantes pour ses activités futures:

1. La KEK devrait, dans le domaine de la mission, promouvoir le renforcement de la collaboration avec d'autres partenaires oecuméniques (COE, FLM, ARM, CCEE, Conseils de la mission et Conseils nationaux d'Églises). A ce propos, nous demandons à la KEK de ré-examiner avec ses partenaires oecuméniques la structure de coordination du travail oecuménique en Europe, et d'y apporter d'éventuelles améliorations. Pour ce faire, il serait bon que la KEK se mette à la disposition des partenaires comme instrument de coordination du travail, interne et externe.

2. La KEK devrait développer un programme de mission oecuménique, auquel participeraient Églises majoritaires et minoritaires et qui s'ouvrirait davantage à la jeune génération. Il devrait y avoir dans ce programme un espace pour le développement de modèles de mission commune, la réconciliation par rapport à des différends en ce qui concerne la mission et la lutte contre le prosélytisme.

3. La KEK devrait aider ses Églises membres à s'intéresser sous un angle missionnaire aux questions qui touchent leur contexte social, comme la mondialisation p. ex.

4. La KEK devrait soutenir des projets modèles au niveau des contextes locaux, p.ex. la mise en place d'un programme de formation et de perfectionnement pour la mission, placé sous responsabilité oecuménique ou encore l'organisation d'initiatives missionnaires locales et régionales.

Nous prions les Églises membres de la KEK et leurs partenaires, de soutenir la KEK dans la mise en oeuvre de ces recommandations - financièrement, structurellement et personnellement. " Car le Seigneur est l'Esprit, et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. " (2. Cor. 3, 17). Être missionnaire signifie proclamer l'Évangile de la liberté. Un appel à y participer activement est lancé à toutes les chrétiennes et tous les chrétiens, ainsi qu'aux Églises d'Europe.

Le Christ est notre Espérance.

Herrenalb,16.03.2000