CONFERENCE OF EUROPEAN CHURCHES
CONFERENCE DES EGLISES EUROPEENNES
KONFERENZ EUROPAEISCHER KIRCHEN


Conférence des Eglises européennes
Commission Eglise et Société

Groupe de Travail sur le Processus d'Intégration européenne

Les Eglises et le Processus d'Intégration européenne

Bruxelles, mai 2001



Préface

L'une des tâches majeures de la Commission Eglise et Société de la Conférence des Eglises européennes (KEK) consiste à exercer un suivi des activités des institutions européennes et à encourager les 127 Eglises membres de la KEK à s'impliquer dans le débat et à s'exprimer sur les questions soulevées par les institutions. Le Groupe de Travail sur le Processus d'Intégration européenne s'est fixé comme objectif de débattre de ce que l'on entend par intégration européenne. Il souhaite également s'interroger sur la façon dont les églises peuvent contribuer à ce processus. Ce document constitue un premier résultat. Il est destiné à aider les églises à débattre de ces questions tant entre elles qu'avec des représentants des institutions.

Pour la première fois, un groupe de représentants d'églises de toute l'Europe a mené une réflexion sur cette question. Des documents antérieurs, tel celui publié en 1997 par la Commission oecuménique européenne pour Eglise et Société (1), étaient principalement basés sur les expériences et les idées prévalant en Europe occidentale. Ce document-ci représente par contre une contribution de l'ensemble de l'Europe, ce qui explique certaines différences avec les textes précédents et lui donne une valeur particulière. L'on peut d'ailleurs se demander si l'Union Européenne ne devrait pas se livrer à un exercice similaire avec les Etats d'Europe centrale et orientale.

Ce document s'inspire des discussions au sein du Groupe de Travail ainsi que d'entretiens avec des fonctionnaires des institutions de l'Union Européenne qui se sont déroulés lors des rencontres régulières de dialogue qu'organise la Commission Eglise et Société avec la COMECE et la Cellule de Prospective de la Commission Européenne, ainsi que lors de contacts informels avec des parlementaires et des fonctionnaires européens. Il s'inspire également d'un débat lors d'un séminaire d'un jour organisé dans le cadre de la réunion du Comité Central de la KEK en octobre 2000. (2)

Un des aspects de la discussion sur ce texte a porté sur l'utilisation des termes "intégration" et "unification". Cela a en particulier affecté le choix du titre retenu pour le document. Certains ont estimé que "intégration" avait une signification plus large et plus modulable, tandis que "unification" impliquait un objectif spécifique et concret. Nous avons estimé que le terme "intégration" avait un sens plus ouvert que "unification" et, en fin de compte, le Comité Exécutif de la Commission a opté pour le terme "intégration".

Ce document ne constitue pas une déclaration finale sur la question, mais plutôt un outil de réflexion destiné aux Eglises membres de la KEK et à d'autres qui s'interrogent sur la finalité et le but de l'intégration européenne. C'est particulièrement important dans la perspective du débat sur l'évolution future de l'Union Européenne initié par le Conseil européen à Nice en décembre 2000. Ce thème requiert une réflexion, et l'ensemble de la société civile est invitée à y contribuer. Les églises ont clairement un rôle à jouer, et j'espère que les Eglises membres de la KEK jugeront ce texte ainsi que le rapport de la journée d'étude du Comité Central utiles pour participer débat. La Commission Eglise et Société recherchera comment en canaliser efficacement les résultats dans le débat plus large, par exemple à l'occasion des futures rencontres de dialogue avec la Commission européenne.

Le débat public est censé se dérouler jusqu'à la prochaine Conférence intergouvernementale de l'Union européenne en 2004. Les églises disposent donc de temps pour s'engager dans le débat. Néanmoins, au fil du temps, ce débat va devenir de plus en plus pointu. Plus tôt viendront ces contributions au débat sur les objectifs et finalités de l'intégration européenne - concernant la nécessité d'une vision et d'une âme - plus elles s'avèreront efficaces.

Voici quelles pourraient être les questions plus spécifiquement du ressort des Eglises membres et organisations associées de la KEK :

J'invite les Eglises membres de la KEK et autres lecteurs de ce texte à faire parvenir le plus rapidement possible leurs commentaires à la Commission Eglise et Société. La prochaine réunion du Groupe de Travail est prévue dans le courant de l'automne 2001. Il nous serait donc très utile de disposer de vos premiers commentaires pour la fin octobre 2001.

Keith Jenkins,
Secrétaire Général Associé de la KEK,
Directeur de la Commission Eglise et Société.

Mai 2001



  1. Introduction

    Le processus d'intégration européenne occupe à l'heure actuelle une place prioritaire dans la vie politique européenne. Les changements politiques et sociaux intervenus en Europe depuis le début des années 90 ont mis en branle un débat majeur sur l'Europe en général et l'Union européenne en particulier. Celui-ci porte non seulement sur ses forces et valeurs motrices, sa cohésion et sa capacité à bâtir une réelle communauté européenne, mais aussi sur le rôle et la responsabilité de l'ensemble du continent sur la scène internationale. Ces dernières années ont apporté une nouvelle dynamique au processus. La nouvelle Commission européenne, entrée en fonction à l'été 1999, a déclaré que le processus d'intégration en Europe et l'élargissement de l'Union européenne constituaient des priorités majeures. L'accélération du processus de négociation a eu pour résultat de donner l'espoir que les premières adhésions à l'UE de pays candidats pourraient se réaliser dans un laps de temps assez court. Les objectifs stratégiques de la Commission pour la période 2000-2005, publiés juste après l'entrée en fonction de la nouvelle Commission, affirmaient que l'Union européenne serait probablement prête à accepter de nouveaux membres d'ici à la fin de l'année 2002.

    En novembre 2000, la Commission européenne a annoncé, compte tenu de l'accélération du processus d'adhésion, une nouvelle stratégie centrée sur une évaluation de la situation de chaque pays candidat par rapport à ce processus. (3) C'était beaucoup plus précis que les textes antérieurs relatifs à l'élargissement, et la stratégie prévue pour la phase suivante des négociations était exposée dans le document. (4) Le Sommet de Nice en décembre 2000 a apporté des éléments essentiels au débat relatif à l'avenir de l'UE. Le sommet a adopté le nouveau traité de l'Union européenne, qui codifie les modifications des structures internes et institutionnelles de l'UE nécessaires à la poursuite du processus d'adhésion de nouveau membres. (5) Dans ce domaine, le sommet a fait des progrès dans la bonne direction. Cependant, il n'est pas encore sûr que cela sera suffisant pour permettre l'achèvement réussi du processus d'adhésion. Pour la première fois, à Nice, les plus hauts décideurs politiques de l'UE ont indiqué des dates plus spécifiques pour les premières adhésions. (6) Dans le même temps, le sommet a approuvé une déclaration sur "l'Avenir de l'Union". Après avoir démontré que le Traité de Nice ouvre la voie à l'adhésion de nouveaux Etats membres, la déclaration appelle à un débat plus profond et plus large sur l'évolution future de l'Union.

    L'intégration européenne est un processus complexe qui doit faire face à de nombreuses difficultés. Outre les problèmes administratifs et techniques liés au fonctionnement des institutions concernées ainsi qu'au partage du pouvoir et de la prise de décision entre elles, il existe également des problèmes davantage liés à la substance-même de l'existence de l'Union. On a entendu dire à plusieurs reprises qu'une Europe commune signifie davantage qu'un simple marché commun. Il a aussi été dit que, si l'on veut que le processus d'intégration européenne réussisse pleinement, l'Union européenne doit trouver une place appropriée pour les aspects spirituels et éthiques de la construction européenne. (7) De même, il est admis que l'Union européenne, tant par elle-même qu'avec les autres Etats européens, a besoin d'une stratégie commune pour l'avenir et d'un objectif précis. Objectif qui devrait constituer représenter un espoir pour tous les citoyens européens et dans lequel les diverses traditions culturelles, éthiques et religieuses du continent trouveraient leur place.

    Les églises doivent aussi examiner la situation nouvelle du processus d'intégration européenne, tant les opportunités que les difficultés apparentes. Le processus d'intégration européenne constitue un axe important du travail de la Commission Eglise et Société de la Conférence des Eglises européennes. La Commission a établi un Groupe de Travail sur le Processus d'Intégration européenne chargé de suivre l'évolution du processus et de clarifier le rôle des églises à cet égard. Par la production de ce document, le Groupe de Travail souhaite poursuivre le travail déjà accompli par les églises chrétiennes concernant ce processus d'intégration européenne. (8) Tout en respectant la diversité ecclésiale en Europe et la diversité des opinions parmi les églises sur certains aspects spécifiques du processus, nous aimerions que les églises chrétiennes expriment une attitude positive par rapport au processus d'intégration européenne. Dans le même temps cependant, nous voulons également prêter attention à quelques-uns des problèmes qui ont récemment fait surface. Nous voudrions que ce document constitue une contribution positive en vue de surmonter ces problèmes et en ce qui concerne la quête d'une identité européenne commune et de valeurs communes pour notre continent.



  2. Les Défis du Processus d'intégration européenne

    2.1 Baisse du soutien populaire à l'élargissement de l'UE

    La mise en route d'un élargissement sans précédent impliquant 13 pays candidats a donné à l'UE de nouvelles ambitions. De par sa portée et son ampleur, ce processus ne peut être comparé à aucun élargissement antérieur de l'UE. Avec ce projet, l'UE s'attend en l'espace de quelques années à un accroissement substantiel de son territoire, doublant presque le nombre de ses Etats membres, et à un accroissement du nombre de ses citoyens de près d'un tiers. Cet ambitieux projet a cependant révélé beaucoup de choses quant à la substance réelle de l'Union. Le processus actuel d'élargissement s'accompagne d'un besoin urgent de résoudre des questions fondamentales quant à la nature-même de l'Union ainsi que de la nécessité de définir ce que signifie l'Union et quelle est sa finalité ultime. Les évolutions au cours des dix dernières années montrent que l'Europe est sur la voie d'une certaine unité, et le processus d'élargissement n'est qu'un élément d'un mouvement bien plus vaste. Etant donné que ni les objectifs ni les éléments fondamentaux de la forme que doit prendre ce processus n'ont été clairement formulés, un certain nombre d'effets secondaires apparaissent. Un signe évident de la difficulté de ce processus a été révélé par le récent référendum au Danemark. La question soulevée lors de ce vote public concernait l'acceptation d'une devise européenne commune, mais la substance du débat a pourtant largement dépassé cette question. On ne peut pas se contenter d'interpréter le résultat négatif du référendum comme reflétant le désaccord de la majorité de la population du Danemark à la devise européenne commune ou au concept de l'intégration européenne. Ce résultat exprime le désaccord d'une majeure partie du peuple danois avec la forme spécifique d'intégration qui a été poursuivie jusqu'à présent.

    Un signe similaire est révélé par les sondages d'opinion répétés régulièrement effectués dans tous les Etats membres de l'UE et qui comportent des questions relatives au futur élargissement de l'Union. Sur base des derniers résultats, seulement 38% des citoyens des actuels Etats membres sont favorables à l'admission de nouveaux Etats au sein de l'Union. A l'évidence, il y a dans ces résultats un déséquilibre régional dont il faut tenir compte. (9) Ce qui est bien plus alarmant que les chiffres de ces sondages, par contre, c'est la tendance qu'ils révèlent d'une diminution du soutien public à l'élargissement de l'UE. Un an auparavant, 43% des personnes interrogées répondaient par l'affirmative à cette même question. (10)

    On a pu constater en diverses occasions que la situation actuelle du processus d'intégration révélait un fossé de plus en plus large entre les attentes croissantes de résultats tangibles et une perte de patience découlant de l'insatisfaction quant au style actuel du processus d'élargissement. L'image confuse de l'UE, de sa nature et de ses motivations, qui prévaut en particulier parmi les populations des pays candidats, a contribué à diffuser une image largement répandue qui conçoit principalement l'UE en termes de matérialisme prospère. La désillusion croissante qui en résulte est alors non seulement la cause de la baisse du soutien public à l'élargissement de l'UE mais aussi de la progression du radicalisme dans la société. (11)

    2.2 Portée et nature du processus d'intégration

    Tant l'opinion publique que les experts s'accordent à penser qu'une large discussion quant à la finalité ultime du processus d'élargissement, aux valeurs qui le sous-tendent et aux diverses options possibles pour son évolution constitue une condition nécessaire à la réalisation des prochaines étapes du processus d'intégration européenne. Cette discussion devrait cependant s'étendre au-delà des Etats membres de l'UE et des pays candidats. Il est clair que les conséquences de l'élargissement se feront sentir sur tout le continent, et pas seulement dans les pays directement concernés. L'élargissement de l'UE aura un impact sur l'ensemble du continent européen. Si l'on prend en compte les dimensions humaine et éthique aussi bien que les évidentes dimensions économique et politique, il serait peut-être davantage approprié de parler du processus d'unification en Europe. (12) En même temps, il faut être conscient du fait que le processus d'intégration européenne ne se déroule pas en total isolement du reste du monde. Le rôle de l'Europe en tant que joueur mondial participant au processus de globalisation doit être reconnu. L'intégration européenne et la globalisation sont des thèmes qui ne peuvent être traités de manière totalement séparée.

    Le processus d'unification européenne constitue sans aucun doute une entreprise complexe. On y distingue au moins deux courants fondamentaux. D'une part, il étend la zone de liberté, de démocratie et de prospérité. D'autre part, une égale attention doit être portée à la préservation de la riche diversité culturelle, ethnique et spirituelle du continent. L'Union européenne doit trouver le moyen d'avancer malgré la tension résultant de ces deux aspects du processus d'intégration. L'UE devrait "s'européaniser". Cela signifie que l'UE devrait chercher à incorporer et à inclure en elle, de manière plus délibérée qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent, les éléments authentiquement "européens" et non pas qui caractérisent seulement une certaine partie du continent. Sinon, à l'avenir, il y aura de moins en moins de raisons de la qualifier d'"européenne". Cependant, ceci ne doit pas se faire aux dépens de la diversité. Ainsi, l'UE doit trouver un concept fondé sur des valeurs qui constituerait une base pour la création d'une authentique communauté européenne. La tension entre, d'une part, le commun, le global et le général et, d'autre part, le particulier, le régional ou le national ne doit pas nécessairement être contre-productive.

    Les églises saluent l'effort décrit dans les Objectifs stratégiques de la Commission sous le titre bien choisi "Elaborer une nouvelle Europe". Ses déclarations de base stipulent qu'il est nécessaire d'avoir une plus grande implication des citoyens dans le dialogue mutuel et de s'engager dans un débat davantage axé sur les valeurs quant aux différentes facettes du processus d'intégration européenne. L'initiative prise par la Commission européenne de préparer le nouveau Livre blanc sur la Gouvernance européenne et de l'utiliser afin d'encourager auprès des citoyens un débat sur les valeurs et questions européennes ainsi que sur la prise de décision, va dans le sens de cet effort et doit également être salué. Tout aussi louable est l'intention de la Présidence belge de l'UE (juillet-décembre 2001) de poursuivre dans cette voie en favorisant un un débat sur la finalité et les objectifs de l'Union. Cette discussion doit cependant être ouverte, sincère et aussi large que possible. Elle doit également impliquer tous les secteurs de la société et être menée dans les diverses parties du continent. C'est seulement sur base d'un tel débat que le projet d'unification européenne pourra réussir.

    2.3 Les défis des politiques européennes

    2.3.1 Manque de transparence dans le processus de négociation

    Plusieurs signes récents ont confirmé le fait avéré que la société européenne souffre d'un manque de débat public ainsi que d'informations appropriées sur le processus d'élargissement, sa source et son inspiration et aussi ses objectifs et conséquences ultimes. Cela est ressenti tant au sein des Etats membres que des pays candidats. Pendant longtemps, l'élargissement et le processus d'intégration européenne ont constitué la chasse gardée des hommes politiques, des experts et de certains activistes engagés. Le "déficit démocratique", reconnu comme une caractéristique négative des institutions européennes dans leur ensemble, caractérise aussi le processus d'admission. La Commission européenne doit accomplir la tâche additionnelle suivante: trouver comment expliquer les faits et questions complexes à l'opinion publique et comment les "impliquer". La Commission européenne est confrontée à la question de savoir comment poursuivre une politique "portes ouvertes". Au cours des derniers mois, la Direction Générale Elargissement de la Commission européenne a publié sa nouvelle stratégie de Communication relative au processus de l'élargissement de l'UE. Cette initiative a admis qu'il existait un grave déficit en matière d'information du public quant au processus, sa nature, son évolution et ses objectifs. Le dernier Progress report de la Commission européenne déclare:

    "L'élargissement ne peut réussir que s'il est un projet social impliquant tous les citoyens et pas seulement une élite. Seule une participation authentique peut aboutir à cela. Informer n'est pas suffisant. Nous devons entamer dans nos sociétés un dialogue de grande envergure afin d'informer les gens des risques et des bénéfices et de leur faire savoir que leurs préoccupations sont prises au sérieux." (13)

    Cela est très apprécié. L'intégration européenne doit être l'affaire de tous les citoyens en Europe et pas seulement celle des "négociateurs", des journalistes spécialisés et de quelques individus intéressés. Même si la satisfaction aux critères d'adhésion est une opération hautement technique et qu'il n'est ni possible, ni souhaitable que tous ces aspects techniques soient mis à la disposition du public, il est nécessaire de trouver une façon d'associer davantage le public au processus.

    2.3.2. Libre circulation des personnes et migrations

    La libre circulation des personnes, avec la libre circulation des biens, des services et des capitaux, constitue l'un des principes de base sur lesquels repose la structure de l'UE. La libre circulation est garantie pour tous les citoyens de l'UE. L'élargissement de l'UE et l'admission de nouveau pays, notamment d'Europe centrale et orientale, suscite souvent des craintes. L'arrivée d'une "main d'oeuvre bon marché", des vagues d'immigrants venant de l'Est vers l'Ouest et mettant en péril le système de sécurité sociale de certains pays de l'UE, sont des thèmes récurrents de multiples déclarations ou débats. Ces craintes ne reposent pourtant pas sur des hypothèses réalistes. Plusieurs études le confirment. (14) Il faut également reconnaître au niveau officiel que "après la période dramatique lors de l'ouverture des frontières, le flux a été stabilisé et est susceptible de demeurer stable… même après être devenus membres à part entière à l'UE, la demande de main d'oeuvre bon marché se poursuivra encore quelque temps, mais le 'touriste marchand' issu des pays candidats deviendra bientôt une espèce menacée, et l'équilibre des coûts et des bénéfices de l'émigration évoluera vers une tendance à rester chez soi." (15) Les chiffres de la croissance économique dans les régions frontalières de l'UE qui ont pour voisins ces pays candidats suggèrent que l'ouverture des frontières pourrait au contraire avoir l'effet inverse. La question-clef n'est pas tant de connaître l'ampleur de ces flux, mais de voir dans quelle mesure des mesures restrictives prises par l'UE risquent de canaliser ces flux vers des filières illicites, avec les coûts élevés que cela implique sur les plans politique, économique, social et individuel. (16) Malgré cette évidence, cet argument n'a pas recueilli un soutien significatif de la part des décideurs politiques européens. Très souvent, ils jouent un jeu politique et exploitent la "crainte des étrangers". En Europe occidentale, l'immigration est perçue comme un problème majeur. Dans certains pays, la sensibilité à cette question, exploitée par certains hommes politiques et par les médias, est souvent bien plus grande que l'ampleur réelle des mouvements migratoires.

    Cependant, il existe par rapport à l'ensemble de la question relative aux mouvements migratoires un aspect bien plus profond que la "peur des gens de l'Est" à la mode dans certains cercles politiques. Tout au long de son histoire, l'Europe a eu affaire à toutes sortes de migrants recouvrant un spectre assez large allant des demandeurs d'asile aux travailleurs saisonniers. Malgré cela, on a récemment constaté, dans certains pays européens, un renforcement substantiel des attitudes négatives vis-à-vis des migrants. La migration est souvent identifiée comme un problème grave, en particulier pour les espérances futures de l'Europe. Confrontés à ces tendances actuelles, l'UE et les pays européens ne devraient pas reconnaître uniquement les aspects négatifs de la migration et l'impact qu'aurait cette migration sur les capacités sociales et financières de leurs économies, mais aussi mettre en évidence ses aspects positifs. "Etre en mouvement" est une composante naturelle du phénomène de la vie humaine. Les migrants et les demandeurs d'asile ne doivent pas être traités comme des citoyens de seconde classe dans la future Europe. Le contenu actuel de la Charte des Droits fondamentaux de l'UE offre à cet égard un matériau substantiel pour apporter des améliorations.

    2.3.3. Coût humain et social du processus d'intégration

    A côté de sa dimension positive indubitable, le processus d'intégration européenne a aussi des effets secondaires non négligeables. Il faut admettre que le processus d'unification en Europe s'accompagne parallèlement du développement de nouvelles lignes de division. Les hautes espérances se voient souvent confrontées à de dures réalités. Les pays candidats à l'adhésion doivent surmonter des difficultés significatives afin d'être en mesure de remplir certains des critères requis. La nouvelle stratégie de l'UE pour l'élargissement déclare que les pays candidats les plus avancés possèdent déjà des économies de marché qui fonctionnent bien et qu'ils seront capables de supporter la pression liée à l'entrée sur le libre marché de l'UE. D'un autre côté, les coûts humain et social élevés de ce processus doivent être pris en considération. Il faut tout spécialement se préoccuper des différences régionales dans certains pays. Dans certaines régions, le chômage a atteint jusqu'à 40% et parmi certains groupes minoritaires (par ex. les Roms) le chômage peut atteindre 80 à 90 %. La transformation rapide des économies dans les pays candidats à l'adhésion a également d'autres conséquences sociales négatives, telles qu'un accroissement brutal des inégalités en matière de richesse et de revenus, une augmentation sévère de la pauvreté ou un déclin de la sécurité financière. L'autre groupe social dans les pays candidats qui souffre particulièrement des conséquences négatives de la préparation à l'élargissement sont les personnes âgées et handicapées qui dépendent exclusivement ou en grande partie du soutien de l'état. A la vue de ces faits, il faut sérieusement se demander quel coût humain et social est tolérable pour l'ensemble du processus ? Cette question n'est pas seulement du ressort des gouvernements nationaux et doit être examinée au niveau des institutions européennes appropriées. C'est seulement à partir de ces considérations et des actions qui en découlent que l'on pourra maintenir la crédibilité du processus, ce qui est la condition sine qua non pour sa réussite future.

    La transformation de l'agriculture requiert une attention spéciale dans le processus d'adhésion. Ceci vaut tant pour la gestion des problèmes actuels liés à ce chapitre de l'acquis communautaire que pour la gestion de l'information à ce sujet et de sa diffusion dans la société. Des systèmes de valeurs différents dans les diverses parties de l'Europe sont liés à l'agriculture. Il faut noter que l'agriculture n'est pas toujours exclusivement liée à l'efficacité et à la productivité et pas exclusivement conçue comme un élément significatif de la chaîne alimentaire. L'agriculture et les sociétés rurales s'avèrent importantes en tant que valeur intrinsèque liée à un mode de vie bien spécifique. Des difficultés existent dans la discussion relative à l'établissement des normes dans la politique agricole au sein de l'UE, et ces difficultés ont été soulignées par la récente propagation dans divers Etats membres de maladies animales probablement étroitement liées aux conséquences négatives de l'agriculture intensive. Le problème de détermination des normes sera encore bien plus complexe lorsqu'il s'agira d'imposer de manière stricte ces normes et ces politiques dans des régions qui n'y sont pas accoutumées. Dans certains pays candidats, une partie significative de la société est encore occupée dans l'agriculture. Les conséquences sociales du processus de modification dans ce secteur particulier méritent d'être examinées avec une attention toute spéciale. La transformation de l'agriculture est un processus qui a nécessité un temps et une énergie considérables dans les pays d'Europe occidentale. Ce qui, en Europe occidentale, s'est étalé sur plusieurs années, doit à présent se dérouler bien plus rapidement dans les pays candidats. Il en résulte des changements drastiques dans la structure sociale des communautés rurales. Ceux qui perdent leur emploi dans les régions rurales migrent vers les villes où ils viennent augmenter le nombre de ceux qui doivent affronter la pauvreté et l'exclusion sociale.

    2.3.4. Frontières futures de l'Union européenne et relations avec ses voisins

    L'actuel processus d'élargissement de l'UE n'est pas un simple épisode du développement de l'Union. Tant l'ampleur de l'élargissement que sa qualité - adhésion de pays qui pendant longtemps ont été derrière le Rideau de Fer - soulignent le fait qu'il s'agit d'un moment qui influencera de manière substantielle la forme et les possibilités futures de l'UE. Si l'on prend tous ces faits en considération, il est tout à fait naturel de s'interroger quant à la perspective future de l'Union. Quelles sont ses limites ultimes au niveau de sa géographie, de sa capacité interne et de sa volonté politique ? Comment l'UE évoluera-t-elle après l'élargissement ? La question des futures frontières de l'UE avec ses voisins est d'une importance cruciale. L'UE devra faire de son mieux pour éviter de créer un nouveau "Rideau de Fer", même "léger", à sa nouvelle frontière orientale. Les effets négatifs de l'introduction d'une politique de visa dans certaines régions frontalières des futurs Etats membres de l'UE contribuent à aggraver les problèmes sociaux dans ces régions respectives et font également du tort à l'image de l'UE, identifiée comme étant la cause de l'accroissement des problèmes. En plus d'accorder aux problèmes locaux des régions frontalières toute l'attention qu'ils méritent, l'UE devrait dès à présent entamer avec ses futurs voisins un dialogue sur une vision commune de la future Europe qui n'inclurait pas uniquement l'UE mais aussi les autres pays européens.



  3. Les dimensions spirituelle et éthique

    3.1. Qu'est-ce qui unit l'Europe?

    Le développement de la communauté européenne a connu des changements substantiels au cours des 50 dernières années. D'un simple cadre de coopération économique destiné à gérer certaines marchandises et de la notion élémentaire de réconciliation après la guerre, l'Europe est aujourd'hui arrivée à un stade où elle doit, avec une intensité renouvelée, se poser de sérieuses questions quant à sa substance et y répondre. La division bipolaire du continent a disparu, et l'UE se cherche un nouveau rôle sur le continent qui s'oriente vers une coopération et une unification renforcées. Que représente aujourd'hui l'Union européenne ? Est-ce une communauté de valeurs ? Ou bien un simple marché commun en expansion ? Un club de riches ? L'UE est-elle seulement un autre épisode dans l'histoire de la politique du pouvoir en Europe ? Le prochain empire ? A l'avenir, quel pouvoir sera en mesure de rassembler dans une UE élargie des citoyens aux origines ethniques, culturelles, sociales et religieuses différentes ? L'élargissement n'est pas seulement un souhait des pays candidats ; les Etats membres actuels estiment aussi qu'il est d'un intérêt vital pour les Etats membres dans leurs efforts pour étendre le marché économique. Au vu de tout ceci, la question de savoir pourquoi l'UE doit s'élargir doit être posée. Quelles en sont les vraies raisons ? Les réponses à ces interrogations sont d'une importance cruciale pour la future évolution du continent. L'Europe est parvenue à un stade où il est essentiel de tirer des leçons de l'histoire et d'affronter la réalité actuelle avec le principe fondateur de réconciliation et avec les inspirations originales qui sont à la base de l'Union. Il serait bon de réincorporer dans la réalité actuelle les idéaux et les visions des fondateurs de ce qui est à présent l'UE - des personalités comme Schumann, Monnet et Adenauer. L'Europe a de nouveau besoin qu'on lui explique clairement quelles sont ses racines et quels sont ses objectifs dans sa tentative de créer une communauté.

    L'expérience de la situation actuelle en Europe prouve que ceux qui sont au pouvoir et prennent les décisions principales quant à la forme future de l'Europe ne s'intéressent pas de prime abord à certaines qualités culturelles que recèlent les autres parties du continent. Leurs motivations sont très pragmatiques. La question qu'il faut dès lors se poser d'urgence est : qu'est-ce qui unit l'Europe ? L'expansion du marché est-elle la principale ou même la seule force motrice ? Les églises doivent faire entendre leur voix à ce sujet. Leur position est résumée dans le récent Rapport de la Fédération des Eglises Protestantes de la Suisse, qui déclare : "L'unification européenne n'est pas - et n'est pas d'abord - une entreprise économique ; la dimension économique n'est qu'un des aspects de ce projet. Le développement du bien-être économique est à la fois un instrument de paix et de justice et le résultat des liens de plus en plus étroits et pacifiques entre les peuples." (17) Se ranger à cette opinion est la meilleure manière de convaincre certains sceptiques de l'intégration européenne que le but de l'entreprise actuelle n'est pas de construire la forteresse de l'Europe occidentale mais bien d'oeuvrer dans la perspective de l'ensemble du continent.

    3.2 Europe doit-elle s'engager pour des valeurs?

    Le processus d'intégration européenne est une entreprise complexe. L'ouverture des frontières entre les Etats et la libre circulation des personnes entraîneront une intensification des contacts entre des personnes et des groupes possédant des origines, des traditions et un vécu différents. Néanmoins, le développement d'une Europe commune ne doit pas se limiter à la discussion d'aspects administratifs et techniques. La Commission européenne a admis ce fait à un stade antérieur. La nécessité de donner une orientation et une finalité à l'Union européenne en mutation - pour reprendre les termes de Jacques Delors "donner une âme à l'Europe" - dans sa transition du marché unique vers une union politique fait partie de l'éthos qui entoure les institutions européennes depuis plusieurs années. (18) A ce stade-ci, cependant, il faut prendre en compte bien davantage. Les églises en sont conscientes et se sont clairement exprimées à cet égard en diverses occasions. Le document le plus récent dans ce domaine est la déclaration issue de Roumanie signée par les dirigeants de toutes les églises chrétiennes et des autres religions du pays : "Le processus d'intégration européenne ne pourra être mené à bien que si la dimension économique s'accompagne de la dimension spirituelle" (19) Les dimensions éthique et spirituelle de la future construction européenne constituent des exigences inévitables si l'on veut que le processus d'intégration européenne aboutisse. Cela signifie aussi que ceux auquels incombe la responsabilité politique pour la forme future du continent doivent prendre en considération comme il se doit le rôle des églises et communautés religieuses ainsi que d'autres groupes et institutions centrés sur des valeurs.

    Si la future Union européenne veut survivre en tant qu'unité cohérente, elle devra accorder davantage d'attention à des domaines qui, aujourd'hui, ne relèvent pas des négociations pratiques concernant le processus d'adhésion ni de la satisfaction des critères d'adhésion à l'acquis communautaire. Lors de divers forums et en maintes occasions, le respect de la diversité a été reconnu comme un un élément constitutif de l'identité européenne. Concrètement, comment réaliser et respecter dans la future Union cette "diversité de nations, de cultures et de valeurs"? De là découle la question qui est au coeur du débat: la diversité culturelle en Europe constitue-t-elle une menace pour son unité ou au contraire une contribution positive? Et, par conséquent, comment développer une identité européenne commune sur base de cette diversité ? Ce thème a suscité un certain enthousiasme au début des années 90 mais semble à présent être en perte de vitesse. Le travail administratif, avec son cortège de considérations techniques nécessaires au bon fonctionnement des institutions de l'UE a voilé l'intention originelle. La méfiance et les malentendus qui l'accompagnent souvent ont causé une léthargie croissante dans l'avancement du projet européen. Dans cette atmosphère, les discussions techniques relatives à l'adhésion de nouveaux pays se poursuivent - et, dans certains cas, progressent de façon remarquable - mais l'esprit-même de l'entreprise risque de s'évaporer graduellement. Il y a plusieurs années, la Commission européenne a initié non seulement une discussion mais aussi un projet intitulé "une âme pour l'Europe". La Commission européenne, en collaboration avec les églises chrétiennes et d'autres communautés de foi et de conviction, a essayé de contribuer à ce projet de quête d'une "âme européenne" par des méthodes spécifiques et des outils concrets. Des projets de ce genre devraient jouer un rôle essentiel dans le développement d'un sentiment d'appartenance à la communauté européenne.

    3.3 La finalité ultime de l'Union

    L'évolution future de l'Union, son rôle et sa responsabilité sur le continent européen, et les rapports de l'Union avec les autres pays européens, tous ces thèmes sont étroitement liés. Comment définit-on un candidat potentiel à l'adhésion à l'Union européenne ? Les critères sont-ils uniquement économiques et politiques, ou bien sont-ils aussi géographiques, sociétaux et culturels ? Ces questions ne sont pas purement théoriques ; elles ont des conséquences sur lesquelles il faut se pencher. Si l'UE n'a d'autre finalité que de créer un marché commun, il n'est pas nécessaire de se débattre avec un processus d'adhésion compliqué. Cependant, s'il s'agit d'une finalité plus complexe et plus stimulante, elle doit être formulée de manière intelligible. Le fait que l'Union européenne et l'Europe sont deux choses distinctes doit être reconnu. La création d'une Europe commune ne doit se baser ni sur une expansion du mode de vie occidental ni sur l'imposition des normes occidentales aux autres parties du continent. Le projet d'unification européenne n'a aucune chance de réussir sans un dialogue et un apprentissage mutuels pour y arriver.

    Conservant à l'esprit ce fait élémentaire, la finalité ultime du processus d'intégration actuel, si fermement soutenu par les institutions de l'Union européenne, doit être clairement formulée. (20) L'objectif final est-il de créer une entité politique portant le nom d'"Union européenne", ou bien de développer un sentiment d'appartenance à une communauté européenne ? "Entité économique et politique" et "communauté" sont deux choses différentes et ne se recouvrent pas nécessairement. En clarifiant sa finalité ainsi que sa capacité interne à y parvenir, l'UE pourra mieux identifier les difficultés internes liées à sa propre raison d'être, mais aussi les difficultés auxquelles s'attendre en ce qui concerne les relations futures de l'UE avec ses voisins.

    3.4 Identité européenne - communauté européenne

    Un débat quant à la finalité de l'Union européenne n'est pas le seul aspect manquant de la phase actuelle du processus d'intégration européenne. Les dimensions spirituelle et éthique sont tout aussi absentes. Un aspect connexe à ce domaine est un débat sur une question substantielle : Quel est le rôle des valeurs communautaires en Europe ? Le processus d'élaboration d'une Europe commune consiste sans nul doute à développer un sentiment d'appartenance à une communauté européenne. Un courant de pensée majeur en Europe, qui trouve sa source dans la tradition des Lumières, soutient le rôle essentiel de l'individu comme élément de base de la société. C'est d'ailleurs la démarche qui a été suivie lors de l'élaboration de la récente Charte des Droits fondamentaux. Tout comme une vraie communauté n'est pas la somme de ses individus, de même la vraie union n'est pas la somme de ses nations. Dans la construction d'une Europe commune, il faudrait se pencher davantage sur la question de la cohésion de la communauté. A un stade antérieur du développement de la structure européenne, on a pris sérieusement en considération l'importance de bâtir une communauté. Ces derniers temps cependant, les tâches administratives et techniques liées à la construction des institutions européennes et des fondations nécessaires au bon fonctionnement du mécanisme politique européen, ont pris le dessus sur l'éthos originel sur lequel reposait l'ensemble de la construction. Il faudrait rendre à la vraie valeur de "communauté" son importance dans le contexte européen.

    La solidarité constitue une caractéristique naturelle de la vie en "communauté". Cette solidarité verra son importance accrue après l'adhésion de nouveaux membres issus de l'Europe centrale et orientale. Compréhension et solidarité, en particulier du point de vue des Etats membres actuels de l'UE, seront parmi les pierres fondatrices de la construction d'une nouvelle Europe. Politiquement, un des moments critiques dans le risque de créer une Europe à deux vitesses est l'instauration de nouvelles lignes de démarcation entre les pays européens qui "réussissent mieux" et "moins bien", une division entre ceux qui sont riches et ceux dont le niveau de vie n'est pas aussi élevé. La solidarité dans le développement européen doit constituer le thème d'un débat plus large sur l'Europe. Cela signifierait une Europe dans laquelle on ne bâtit pas seulement des institutions européennes, mais aussi une vraie communauté européenne.

    La vie en communauté, le rapport de l'individu à sa communauté, et le statut tant individuel que communautaire, sont des thèmes fondamentaux pour l'Europe. Leur point de départ devrait consister à souligner le rôle très spécifique de la famille comme élément constitutif de la société. Dans certains pays européens, la famille traverse une crise, crise qui a des conséquences considérables sur divers éléments de la vie en société, y compris des aspects aussi divergents que la criminalité et une vision personnelle de la société comme unité de cohésion. Les changements démographiques en Europe et le problème croissant du vieillissement dans certains pays européens sont aussi, du moins en partie, liés aux crises de la famille et de la vie en communauté. Même s'il s'agit d'un phénomène plus général, ces crises progressent plus rapidement dans certaines parties de l'Europe que dans d'autres. L'UE devrait agir davantage en faveur de la famille, non seulement par le biais de directives spécifiques, mais aussi par une attitude générale favorable dans les textes de base tels que le Traité européen et la Charte des Droits fondamentaux.

    3.5 Diversité régionale et spirituelle

    Le développement d'une identité européenne est l'un des défis principaux du processus d'unification européenne. Ce processus doit cependant prendre la forme d'une interaction mutuelle entre unité et diversité. La richesse de l'Europe réside dans la variété de ses traditions ethniques, culturelles et religieuses, qui doivent évoluer chacune à leur manière. Le développement d'un concept approprié de subsidiarité doit constituer la base de la méthodologie appliquée au processus d'unification européenne. Le fait que l'identité européenne consiste en différents ordres de valeurs coexistants doit être reconnu. La notion biblique d'identité multiple, telle qu'elle apparaît dans l'Epitre de Paul aux Romains, est un élément à approfondir, en particulier dans le cadre de notre continent.

    Dans ce contexte, la situation des minorités est généralement admise comme une question d'intérêt majeur pour l'avenir de l'Europe. Le respect des minorités est l'un des critères politiques que doivent remplir les pays candidats dans le processus d'adhésion. Cela doit être ainsi, car c'est la seule manière de sauver la riche diversité de l'Europe. La protection des droits des minorités bénéficie d'un suivi attentif de la part de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe et du Conseil de l'Europe. L'UE devrait faire montre de davantage de cohérence dans ce domaine et collaborer plus étroitement avec ces institutions pan-européennes. La ligne de conduite de base pour aborder la question des minorités devrait partir du fait que des normes identiques doivent être exigées de tous les acteurs concernés. Il ne faut pas uniquement prêter attention aux minorités ethniques, mais aussi à toutes les autres minorités : culturelles, linguistiques et religieuses.

    La question de la reconnaissance des diverses traditions et des droits des minorités mérite d'être prise en considération. Ses divers aspects doivent être pesés de manière équilibrée. L'une des question serait de savoir quel rôle ont à jouer les communautés locales et régionales dans le processus européen actuel. Comment trouver un juste équilibre entre l'adaptation au courant principal et la préservation des cultures et identités autochtones ? L'expansion de valeurs proprement européennes doit-elle nécessairement se faire au prix de l'assimilation des valeurs locales ? Ces questions n'ont pas un caractère exclusivement spirituel ou culturel/éthique. Certaines ont également des conséquences sur le plan politique. Dans une partie de l'Europe, on a récemment constaté une intensification du débat relatif au droit pour les partenaires de même sexe à former un modèle de vie commune quasi-familial, débat lancé dans le cadre de l'initiative sur la non-discrimination. Il a également trouvé un écho dans des documents officiels de l'UE. Cela a été considéré par beaucoup comme une attaque déguisée de l'intégrité culturelle et éthique de certains pays candidats. Dans une grande partie de l'Europe, les normes religieuses et éthiques n'autorisent pas de compromis sur le thème du contrat de partenariat et de l'acceptation des nouvelles formes de vie sociale qui s'opposent au modèle traditionnel largement accepté de la famille. D'autre part, certaines églises voient en cela des évolutions qu'elles peuvent soutenir. L'Union européenne doit admettre ces différences et y être sensible. D'un côté, elle doit soutenir la reconnaissance des droits des minorités, mais d'un autre côté cependant, elle doit également trouver le moyen d'honorer le droit des Etats membres à préserver leur autonomie culturelle et à respecter leurs propres traditions, y compris religieuses. Le droit à la non-discrimination a une importance indiscutable. Il a néanmoins aussi ses limitations. La non-discrimination n'est pas un principe absolu. S'il est vrai qu'une minorité peut faire l'objet de discrimination par une majorité, il faut aussi protéger les majorités contre des minorités extrémistes et parfois violentes. Arriver à un juste équilibre entre entre la non-discrimination et le droit à l'autonomie, à certains égards et dans certaines limites, importe davantage que d'absolutiser l'un des deux aspects. Le droit à l'autonomie culturelle devrait être accepté comme une norme générale dans l'Europe commune. (21)



  4. Les Eglises dans le processus d'intégration européenne

    4.1 Quel est le rôle des églises aujourd'hui?

    L'histoire de l'Europe confirme que les racines communes des valeurs partagées sur l'ensemble du continent sont liées à la mission de la chrétienté. D'un autre côté, il faut également admettre que la chrétienté ne constitue pas une valeur unique pour le continent européen, et un modèle d'"Europe chrétienne serait inapproprié". De même, les églises reconnaissent qu'au cours de l'histoire, elles n'ont pas seulement délivré le message de l'Evangile. En maintes occasions, elles ont contribué à provoquer des tensions, des malentendus et même des conflits. Les églises n'ont pas toujours suivi avec constance les droits élémentaires liés au respect de l'opinion des minorités, au respect mutuel, et au respect de la liberté religieuse. Et pas seulement dans un passé lointain. Aujourd'hui encore, des tensions persistent et refont parfois surface dans le mouvement oecuménique. C'est le signe que les églises, dans leur dimension d'organisations terrestres, ne sont pas des "institutions parfaites". Pourtant, en dépit de cela, les valeurs véhiculées par les églises à travers leur mission sont plus fortes que les échecs humains qui en sont le corollaire. L'histoire a aussi démontré que le message de l'Evangile est plus fort que les échecs, les erreurs et les malentendus humains. Aujourd'hui encore, bien souvent, les églises, dans leur diversité ecclésiale, ne parviennent pas à délivrer à la société un message clair et unifié.

    Il faut également reconnaître que les églises chrétiennes font partie d'un groupe plus vaste composé de multiples traditions et communautés religieuses. Cependant, malgré cette réalité, le rôle substantiel des églises chrétiennes dans la société - dans le débat sur les valeurs dans la société, la politique, la culture et la science, par leur rôle pastoral et diaconal, et par leur contribution éthique - doit être reconnu. Les églises chrétiennes ne sont pas seulement une partie de l'histoire européenne, mais constituent un élément vital à part entière du fonctionnement de l'infrastructure sociale. En dépit de l'absence d'une unité ecclésiale, la voix des églises chrétiennes doit être prise en considération. La variété des traditions ecclésiales et religieuses en Europe doit être considérée, non comme un obstacle, mais comme un enrichissement qui pourrait s'avérer utile dans la création d'une structure européenne commune. Il est totalement insatisfaisant de suivre exclusivement le modèle des valeurs du marché pour créer une Europe commune. Les dimensions éthique et spirituelle sont essentielles à la réussite du projet. Administrer l'ensemble du processus depuis des institutions politiques centrales, même légitimement élues, est tout aussi insuffisant. Les églises et communautés religieuses ont leur rôle en tant que gardiennes - indépendantes du pouvoir de l'Etat - de nombreuses traditions européennes ainsi que de la dimension éthique spécifique du processus. Il s'agit d'un rôle considérable et véritablement irremplaçable.

    Néanmoins, la tâche des églises ne s'arrête pas là. Les églises ont joué un rôle important dans la société en diverses occasions qui font à présent partie de l'héritage européen. Elles ont joué un rôle spécifique dans l'histoire récente de l'Europe dans les pays qui étaient sous le joug de régimes communistes. La contribution significative des églises au processus de réforme qui a suivi l'effondrement de la division idéologique entre l'Est et l'Ouest est incontestée. Ces contributions légitimisent les églises dans leur effort pour être des acteurs dans l'évolution actuelle de l'Europe qui est la continuation directe du processus politique entamé dans les pays d'Europe centrale et orientale au début des années 90. L'expérience des églises inspirée de la vie tant en liberté que sous l'oppression totalitaire, dans les Etats membres de l'UE ainsi que dans les pays candidats ou non, leur confère la crédibilité nécessaire pour contribuer de manière effective au processus d'unification européenne.

    La communauté d'églises rassemblées au sein de la Conférence des Eglises européennes (KEK) peut apporter une contribution spécifique au processus d'unification européenne. Ceci est fondé sur l'histoire de la KEK et la contribution de ses églises membres à l'instauration pratique de liens entre l'Est et l'Ouest. Pendant plus de 40 ans, les églises ont contribué via la KEK à développer la compréhension et la solidarité et à surmonter les barrières qui existaient encore récemment entre ces deux parties de l'Europe. Cette contribution bien spécifique à l'évolution de la communauté européenne lui procure une expérience pratique qui s'avère utile aux églises pour s'atteler au problème complexe de l'intégration européenne.

    Il est vital pour les églises chrétiennes de faire entendre leur appel commun pour un témoignage crédible dans la société au stade actuel du développement de l'Europe. La collaboration des églises chrétiennes dans leurs activités vis-à-vis des institutions européennes fait partie de leur engagement et de leur responsabilité.

    4.2 La contribution des Eglises

    En dépit de leurs imperfections en tant qu'organisations et de méthodes qui reflètent de nombreuses différences ecclésiales, nationales et culturelles à l'échelle de l'Europe, les églises ont récemment oeuvré activement en faveur de la résolution des conflits, du démantèlement des barrières et de la recherche d'une compréhension mutuelle. C'est particulièrement vrai aux niveaux local et régional. Promouvoir une culture de paix a souvent été considéré comme la finalité ultime de l'UE ainsi que son inspiration originelle, qui perdure depuis la fondation de l'UE. L'étroite relation entre les deux - l'inspiration européenne et l'Evangile ("Bonne Nouvelle") des églises est une valeur que l'on ne peut ignorer.

    Les églises jouent un rôle important dans la société en remplissant leurs fonctions pastorales et diaconales. Cette expérience des églises dans le travail avec des secteurs si divers, et parfois très divergents, de la société (les jeunes, les chômeurs, les handicapés, les malades, les migrants, ainsi que tous les exclus de la société) pourrait s'avérer précieuse pour bâtir une communauté et à améliorer la cohésion sociale. Les églises possèdent une expérience particulière du travail avec les communautés de Roms. Dans certains pays européens, la coexistence entre la communauté principale et les Roms crée des problèmes majeurs à divers niveaux de la société. Dans ce domaine, les églises peuvent apporter un engagement significatif ainsi que leur expérience et leurs méthodes pour surmonter ces difficultés.

    Nous avons déjà mentionné le rôle important que jouent dans la construction de la future Europe divers types de minorités établies sur le territoire européen. Ces minorités sont certes un enrichissement, mais nombreux sont ceux qui voient en elles une menace sournoise et une source potentielle de graves difficultés pour la société européenne. Les églises possèdent une grande expérience et des méthodes qui pourraient se révéler utiles pour surmonter les tensions nées de la difficulté de vivre ensemble pour des communautés aux origines différentes. Les églises peuvent ainsi contribuer au processus complexe d'apprentissage de la vie dans une société multiforme et apprendre comment gérer celle-ci. Cette expérience et cet engagement des églises peuvent aussi s'avérer utiles pour venir à bout de divers problèmes relatifs aux migrants et aux demandeurs d'asile. Les églises ont l'expérience de côtoyer des migrants dans la misère et tous ceux qui, pour une raison ou l'autre, ne bénéficient pas d'une couverture sociale. Ce savoir et cette expérience font des églises des avocats de choix pour plaider en faveur de l'incorporation de la question des droits de l'Homme à l'agenda du processus d'élargissement de l'UE.

    Les églises sont les gardiennes des valeurs traditionnelles de la vie en communauté. La notion de la famille comme élément de base et comme image de la société est une notion tout à fait valable pour développer des liens au sein de communautés locales plus larges mais également au sein d'une communauté de nations. Promouvoir une culture de la solidarité est par conséquent une chose évidente pour les églises. La vraie communauté ne peut être fondée que sur le respect et l'entraide réciproques. L'expression biblique "se charger du fardeau de l'autre" constitue le moteur du partage mutuel des ressources, partage indispensable pour une vraie communauté.

    Les églises jouent un rôle important dans le partage et l'expansion d'une expérience positive de vie au sein de diverses communautés. Les églises sont présentes à tous les niveaux de la société. La présence de l'église sur le terrain est particulièrement importante. Les églises ont déjà établi des structures qui témoignent de leur effort pour redécouvrir leur mission commune. Fondées sur des valeurs inspirées des principes bibliques qu'elles représentent, les églises sont en mesure d'apporter à la société un témoignage de la vie en solidarité basée sur le sacrifice, et d'ainsi mettre en évidence la valeur du partage et de l'enrichissement mutuel. Ce sont les églises et les communautés religieuses qui peuvent contribuer à "vitaliser" la construction européenne en marche et être les témoins des valeurs essentielles.

    Les églises ont un rôle vital dans l'élaboration d'une vision cohérente de la durabilité et de la prospérité en Europe. L'inclusion de dimensions variées, notamment éthiques, qui ont un impact sur la vie quotidienne des gens, est un message biblique élémentaire. Une vision cohérente de la durabilité est aussi une nécessité fondamentale à laquelle doivent s'atteler les institutions appropriées afin de bâtir une Europe avec une bonne perspective d'avenir.

    Pour toutes ces raisons, les églises membres de la Conférence des Eglises européennes se réjouissent du fait que la Stratégie de Communication de la Commission européenne soit un projet ayant non seulement une forme mais également un contenu. Elles saluent le fait que la Commission fera de son mieux pour associer divers groupes politiques, économiques et culturels au dialogue sur l'intégration européenne afin de "susciter un large débat public bien informé des faits et de leurs implications." (22) Grâce à leur infrastructure étendue, à leur présence dans tous les pays européens, tant sur le terrain qu'au niveau international, il va de soi que les églises constituent des partenaires naturels dans la mise en oeuvre de cette Stratégie. Elles s'attendent à être associées à une discussion ouverte portant non seulement sur les aspects pratiques du processus, mais aussi sur les valeurs, les racines et les motivations qui s'y rapportent. Les églises en tant que communautés de valeurs devraient jouer un rôle substantiel dans ce débat.

    4.3 L'Eglise en tant que communauté de valeurs

    Les églises sont favorables à une intégration européenne qui ne se limite pas à ses aspects politiques et économiques. Sans des valeurs communes, l'unité ne peut perdurer. Cette conviction a été exprimée à diverses reprises. Dans la Charta Oecumenica, document élaboré conjointement par la Conférence des Eglises européennes et le Conseil des Conférences épiscopales européennes, les églises affirment leur engagement en faveur de ce processus. Dans le même temps, la Charta insiste sur le rôle des églises et des communautés religieuses dans le processus. Les églises en tant que communautés de valeurs peuvent apporter un bagage précieux à l'intégration européenne. Alors que l'UE en tant qu'institution ne semble pas toujours en mesure de se focaliser sur des valeurs et de promouvoir celles-ci, les églises se sont toujours efforcées de le faire. L'Eglises chrétienne est fondée sur le message de Jésus Christ qui est considéré comme l'Evangile pour tous les peuples. Les chrétiens ne se limitent pas à leurs cercles internes, mais se sentent investis d'une responsabilité envers l'ensemble du monde. Les chrétiens sont appelés à remplir leur rôle à divers échelons de la société. L'une des caractéristiques de base de l'enseignement chrétien et d'un modèle de vie chrétien, est une compréhension profonde du sens de la solidarité dans la société. Cette compréhension profonde de la solidarité est d'une importance cruciale pour la création d'une Europe commune. C'est seulement sur base d'une telle solidarité que peuvent s'établir des liens réels et des contacts authentiques entre les différentes régions, les différentes communautés et les différentes parties du continent. C'est pourquoi les églises se réjouissent de l'inclusion d'un chapitre sur la solidarité dans la Charte des Droits fondamentaux. (23) Pour une Europe commune, des termes tels que "espoir" et "réconciliation" sont des éléments essentiels du message chrétien. Aucune communauté ne peut se construire sans une vision d'avenir. Des éléments cruciaux pour l'élaboration d'une telle vision sont le pardon, qui nous permet de gérer le passé, et l'espoir.

    Le rôle de la religion dans la société varie selon les régions de notre continent en fonction des systèmes ou des ordres de valeurs qui y prévalent. Les églises ne sont que l'un des éléments de cette variété. La tension entre les aspects individuel et collectif des droits de l'Homme - constatée à diverses reprises au cours de l'histoire européenne - ainsi que l'impact de cette tension sur la réalité présente, sont des exemples parmi d'autres de cette variété. Gérer le caractère multiforme de la société européenne est l'un des aspects cruciaux de l'évolution future du continent. Il est donc nécessaire d'entamer un débat ouvert sur ce qui unit et ce qui divise les différentes parties du continent, l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud. L'engagement des églises dans ce débat est incontournable.

    Les églises ont prouvé en maintes occasions que leur respect des droits de l'Homme et leur engagement pour l'application de ces droits font partie intégrante de leur tradition. En cela, les églises ne suivent pas leur propre intérêt mais ont à l'esprit l'ensemble de la société. Au cours de l'année 2000, les églises ont activement contribué au processus d'élaboration de la Charte des Droits fondamentaux. A cet égard, les églises méritent d'être considérées comme un élément à part entière, vital et inséparable de la société civile européenne.



  5. Conclusion

    Le processus d'unification européenne est aujourd'hui confronté à de nombreux défis. Si l'on veut que ce processus aboutisse avec succès, il faudra prendre en considération des dimensions et des accents supplémentaires au cours de la phase actuelle. Les églises d'Europe ne sont pas les seuls acteurs dont il faut tenir compte à ce stade du processus d'intégration européenne. Elles n'abordent pas tous les problèmes liés au processus, et leur contribution n'est en aucune manière exhaustive. D'un autre côté, de par leur tradition, leurs valeurs et leur rôle dans la société, elles ont la ferme conviction d'avoir beaucoup à dire au sujet de la vision future de l'Europe. Les églises portent un message et ont de l'espoir. L'Europe commune ne se bâtira pas sans elles.

    Dans sa phase actuelle, l'Europe a une opportunité de contribuer de manière significative à la création d'une zone de paix, de liberté et de bonne qualité de vie. Cependant, il se peut que cette opportunité ne dure pas éternellement. Le Commissaire européen chargé de l'élargissement, Günter Verheugen, a été très précis sur ce point : "Croire que l'UE pourra maintenir l'élargissement ouvert de façon illimitée relève de l'illusion. Tout au plus, une fenêtre d'opportunité est ouverte pour le moment, mais elle ne le restera pas éternellement." C'est vrai non seulement eu égard à l'élargissement, mais aussi en ce qui concerne le processus d'unification européenne. Par conséquent, il faut saisir toutes les opportunités qui se présentent, et tous les acteurs potentiels du processus doivent y trouver leur place. Les défis et les opportunités sont nombreux, et certaines questions restent ouvertes. Nous avons la re responsabilité de ne pas laisser passer cette chance. Les églises sont parties prenantes dans cette opportunité ouverte à l'Europe.



Rédigé par Peter Pavlovic,
Bruxelles, May 2001
(Traduction française: Véronique Dessart)



Membres du Groupe de Travail de la KEK-CES sur le Processus d'Intégration européenne:

Mrs. Margareta Björn (Mission Covenant Church of Sweden)
Dr. Zoltan Bona (Ecumenical Council of Churches in Hungary)
Rev. Corin Condrea (Rumanian Orthodox Church)
Ms. Gabrielle Cox (United Reformed Church in the UK)
OKR Dr. Joachim Gaertner (Evangelical Church in Germany)
Drs. Laurens Hogebrink (Uniting Churches in the Netherlands)
Mr. Viktor Maloukhin (Russian Orthodox Church)
Dr. Peter Pavlovic (CEC-CSC staff)
Dr. Hanz-Balz Peter (Swiss Protestant Federation)
Rev. Andrzej Wojtowicz (Ecumenical Council of Churches in Poland)





NOTES

1. Vers un Continent Réconcilié avec lui-même: La Contribution d'une Union Européenne élargie, EECCS, 1997.

2. Le Rôle des Eglises dans le Processus d'Intégration européenne - la Recherche de Valeurs européennes communes, KEK, octobre 2000.

3. Rapport 2000 sur la Stratégie de l'Elargissement, L'Evolution de chacun des pays candidats en vue de l'adhésion.

4. On y développe un concept de 'cartes routières" qui serviront d'indicateurs pour "ce qui doit être réalisé" dans un futur proche par chacun des pays candidats afin de remplir pleinement toutes les conditions requises, mais qui serviront également de points de référence quant aux progrès accomplis pendant le processus.

5. Ce thème est traité de manière approfondie dans le document Le Traité de Nice - Description et Evaluation, Commission Eglise et Société de la KEK, janvier 2001.

6. "dès la fin 2002, dans l'espoir que (ces pays) seront en mesure de prendre part aux prochaines élections du Parlement européen" (en 2004).

7. C'est une initiative de l'ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, qui a marqué le début de cette ligne de pensée.

8. Dans ce domaine, la Commission oecuménique européenne pour Eglise et Société (EECCS), prédécesseur de la Commission Eglise et Société de la KEK, a publié en 1997 le rapport intitulé: Vers un Continent réconcilié avec lui-même - La Contribution d'une Union européenne élargie. En 1997, l'EECCS a également adopté une déclaration réaffirmant son engagement en faveur du processus d'élargissement de l'Union européenne.

9. Il semble que ce soit en Autriche et en France que l'on observe le plus faible soutien populaire pour l'élargissement de l'UE.

10. Eurobaromètre 53, octobre 2000.

11. Cette tendance est révélée par les résultats d'élections récentes dans certains pays européens ainsi que par le fort soutien populaire recueilli par les extrémistes.

12. Voir par ex. Théo Junker, Directeur du bureau du Parlement européen, dans: "Le Rôle des Eglises dans le Processus d'Intégration européenne - la Recherche de Valeurs européennes communes", Conférence des Eglises européennes, octobre 2000.

13. Rapport d'Evolution 2000 de la Commission européenne, p.5.

14. comme par ex. l'étude réalisée par l'Institut autrichien pour l'Aménagement de l'Espace, février 2001.

15. Les Implications à long terme de l'Elargissement de l'UE: La Nature de la nouvelle Frontière, Rapport final du Groupe de Réflexion mis sur pied par la Cellule de Prospective de la Commission européenne et par le Centre Robert Schuman de l'Institut universitaire européen à Florence, présidé par Giuliano Amato, 1999, p.51.

16. ibid., p.52.

17. Les Défis de l'Europe pour la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse et ses Eglises-membres, un texte publié en 2000 par la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse.

18. L'appel de l'ancien Président de la Commission européenne, Jacques Delors, à approfondir la dimension spirituelle européenne et à la nécessité de développer une "âme européenne" remonte à 1990.

19. La Déclaration des Religions, Bucarest, mai 2000.

20. L'absence d'une vision pour la future Europe à ce stade actuel de son développement a été mentionnée à diverses reprises, notamment dans plusieurs contributions récentes sur ce thème par des leaders politiques européens. L'un des textes les plus importants à cet égard est celui du Premier Ministre belge Guy Verhofstadt, intitulé "Une Vision pour l'Europe" et datant de septembre 2000.

21. Le texte adopté par l'UE pour sa directive sur la non-discrimination et l'égalité de traitement dans les domaines de l'emploi et de l'occupation reconnaît ces spécificités. Ceci montre qu'il est possible de trouver des solutions pour accorder le principe de non-discrimination et le principe d'autonomie.

22. Rapport d'Evolution 2000 de la Commission européenne, p.7.

23. Charte des Droits fondamentaux, chapitre 4.