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LIEN: Lettre d'envoi

"Cela arrive partout
y compris au sein de
votre communauté"

Woman

La violence et les abus sexuels
dontsont victimes
les femmes constituent

Les femmes sont victimes de violence et d’abus sexuels

  • au sein de leur foyer,
  • dans la rue,
  • au travail,
  • dans leur voisinage,
  • en cas de guerres et de conflits
  • armés,
  • au sein des Eglises,
    et ce, partout en Europe.

    Les responsables de ces actes et leurs victimes viennent de toutes les couches de la société et ne répondent pas à un critère particulier tel que

  • classe sociale,
  • appartenance ethnique,
  • âge,
  • profession et éducation,
  • affiliation religieuse et confession.

    Voici quelques faits et chiffres à méditer à propos de la litanie alarmante de la violence exercée à l’encontre des femmes, fournis par le Secrétariat de l’ONU, Division de la promotion de la femme:

  • Une étude réalisée en 1997 et portant sur 1’500 femmes suisses a mis en évidence que 20 % d’entre elles faisaient état de violence physique dans le cadre de leurs relations.

  • Les tentatives de suicide sont 12 fois plus élevées parmi les femmes ayant été victimes d’abus sexuels.

  • Les femmes battues sont surreprésentées parmi les alcooliques, les toxicomanes, et les malades mentales.
  • Chaque jour, en Écosse, (population de 5 mil-lions d’habitants), plus de 50 femmes quittent le foyer conjugual en emmenant leurs enfants, afin d’échapper aux violences de leur mari/partenaire.

  • En 1997, plus de 15’000 femmes russes ont été tuées par leur mari ou partenaire.

  • Une étude anglaise (1994) montre que 6 hommes sur 10 n’excluent pas l’éventualité d’un recours à la violence contre les femmes.

  • Les données statistiques de 7 pays précisent que 60% des femmes victimes d’abus sexuel connaissaient leur agresseur.

  • En Allemagne, toutes les 3 minutes une femme ou une enfant est violée.

  • Dans de nombreux pays, le viol commis dans le cadre du mariage n’est pas considéré comme un crime.

  • Des enquêtes menées dans six pays différents font apparaître que 27 à 34 % de femmes ont été victimes d’abus sexuel au cours de leur enfance ou de leur adolescence.

  • Des études ont montré qu’entre 36 et 62 % des victimes d’agressions sexuelles avaient moins de 15 ans.

  • Plus de 130 millions de femmes et de jeunes filles actuellement en vie ont eu leurs organes génitaux mutilés.

  • Dans l’ex-Yougoslavie, au Rwanda et dans d’autres zones de conflits, des milliers de femmes sont violées au nom d’une stratégie militaire délibérée.

    En réponse à ces réalités effroyables qui mettent en danger le développement et le bien-être d’individus, de communautés et de l’ensemble de notre société européenne, le Conseil de l’Europe a, au cours de l’année 1999, sensibilisé l’opinion sur le problème de la violence exercée à l’encontre des femmes en demandant

  • de reconnaître les différentes formes et expressions de la violence dont sont victimes les femmes;

  • de comprendre et d’analyser leur fonctionnement et leurs causes profondes;

  • de soutenir et d’aider les victimes et les rescapées;

  • de demander des comptes aux auteurs de ces actes;

  • de remettre en question et de modifier les attitudes sous-jacentes et les cultures qui tolèrent la violence exercée à l’égard des femmes comme étant normale et inévitable.

    De nombreuses personnes et bon nombre d’organisations espèrent que l’Eglise et les chrétiens et les chrétiennes prendront une part active dans ce processus. La communauté chrétienne a la responsabilité de répondre à cet appel, et elle en a l’opportunité:

  • en rendant témoignage de l’Evangile et de son message de guérison, d’inclusivité, de justice et de liberté pour tous et toutes;

  • en accompagnant ceux et celles qui souffrent et qui ont mal;

  • en élevant une voix prophétique qui nomme et condamne chaque péché et chaque manifestation du mal s’exerçant au coeur même de nos foyers et de nos communautés;

  • en offrant un lieu sûr et un refuge dans chaque communauté.

    Néanmoins, les Eglises et la chrétienté elles-mêmes sont appelées à reconnaître et à confesser leur ignorance, voire leur justification de la violence exercée à l’encontre des femmes dans leur propre environnement et dans la société au sens large. Il est urgent que toutes les traditions confessionnelles étudient et analysent leurs propres coutumes et pratiques de vie. La tâche théologique que cela implique est d’importance, car il est manifeste en bien des endroits que la Bible, et d’autres formes d’enseignement chrétien, sont bien souvent détournées pour donner une instruction ou des conseils inappropriés, voire dangereux.

    Nous nous réjouissons de la lettre signée par les présidents de la Conférence des Églises européennes (KEK) et du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE), le Métropolite Jérémie et le Cardinal Miloslav Vlk, destinée à sensibiliser les Églises membres et les Conférences épiscopales au problème de l’incidence croissante de la violence et des abus sexuels dont sont victimes les femmes - y compris dans des environnements chrétiens. Les présidents ont lancé un appel aux Églises d’Europe afin que celles-ci déclarent la violence contre les femmes comme étant un péché. (Le texte intégral de cette lettre est disponible sur simple demande auprès des secrétariats de la KEK et du CCEE).

     

    Comment définir la violence dont sont victimes les femmes?

    La violence exercée à l’encontre des femmes peut être physique, psychologique, sexuelle, spirituelle, émotionnelle, structurelle. Cette violence peut laisser des traces et des blessures visibles. Mais il arrive aussi qu’elle soit expérimentée dans des situations n’engendrant pas de blessures physiques.

    Même si l’expression de la violence n’est par-fois qu’un incident ponctuel, ses conséquences (dommages visibles ou cachés) se feront sentir à vie.

    Mais elle peut tout aussi bien constituer un schéma permanent de comportements abusifs, par lequel des institutions ou des individus cherchent à dominer les femmes, à entraver leur liberté et à les humilier.

    La violence perpétrée à l’encontre des femmes - sous toutes ces formes - est une violation grave des droits de la personne humaine, qui se manifeste dans chaque culture et chaque société de par le monde.

     

    la violence au foyer

    Des études statistiques confirment que l’endroit où les femmes courent le plus de dangers est leur propre foyer.

    " Un soir, mon mari rentra à la maison après une réunion à la paroisse. Cela faisait des années déjà que je supportais ses insultes, ses menaces et ses aggressions violentes; je ne savais jamais quelles en étaient les causes ou ce que j’aurais pu faire pour qu’elles cessent. Il m’accusa de tous les maux, puis me donna des coups de poing, me banda les yeux et me bâillonna. Je fus en proie à d’atroces souf-frances lorsqu’il se saisit d’un tournevis pour me faire de profondes blessures dans la poitrine. Après quoi, il me viola, en criant: " Tu es ma femme, et je réclame mes droits ". Finalement, il m’enferma dans un placard, sans nourriture ni vêtements, et m’y laissa jusqu’au lendemain matin. C’était un dimanche, il me sortit de l’armoire pour me faire repasser ses vêtements et m’habiller. Il me dit qu’il lui fallait aller à l’église et prier pour demander pardon d’avoir une si mauvaise femme. J’ai passé 14 ans en enfer. J’ai perdu beaucoup de poids et toute confiance en moi. Mais la congrégation ignorait tout: personne au sein de l’Eglise ne me donnait l’impression que je pouvais lui confier mes souffrances sans courir de risque. Tout ce que l’on me demandait, c’était d’être une bonne épouse, chrétienne et respectable. "

    La plupart du temps, la violence au foyer est perpétrée par l’homme à l’encontre de son épouse ou de sa concubine. Les agressions se prolongent parfois, même lorsque les femmes tentent d’y échapper par une séparation ou un divorce. Des membres plus âgés de la famille ou les enfants peuvent également être concernés par cette souffrance.

  • Cette violence prend différentes formes: coups, coups de pied, agression armée, rapport sexuel forcé ou contraint, viol, agression sexuelle.

  • Elle peut également s’exprimer par des insultes, des menaces, des humiliations, une atteinte portée à la liberté de mouvement, à la vie socia-le, à l’espace physique vital, à l’accès à l’argent du ménage.

  • Souvent les contacts et relations avec la famille et les amis sont sévèrement contrôlés, ce qui isole de plus en plus la victime et la prive de toute forme de soutien.

  • Les enfants aussi en souffrent: ils deviennent une arme stratégique utilisée par l’agresseur; ils sont souvent menacés et blessés; ils ressentent le profond traumatisme que représente le fait d’être témoin des abus dont leur mère ou un frère / une soeur sont victimes.

  • Les enfants risquent d’intérioriser le message selon lequel la violence au sein de la famille serait naturelle; une étude conduite en 1980 a mis en évidence que des hommes ayant été témoins dans leur enfance de violence exercée au foyer étaient trois fois plus susceptibles que la moyenne de battre leur femme et dix fois plus enclins à l’agresser avec une arme.

     

    Voici quelques mythes à propos de la violence au foyer

    Beaucoup de gens pensent que la violence au foyer n’existe que dans des familles pauvres ou démunies;

    Mais en réalité les hommes qui se livrent à ces abus viennent de toutes les couches sociales, ont parfois reçu une bonne éducation, sont apparemment respectables, occupent un poste de responsabilité au sein de l’Eglise et de la société.

    Beaucoup de gens pensent que c’est le fait de boire de l’alcool qui entraîne un comportement abusif.

    Mais en réalité l’alcool peut être un facteur déclenchant parmi d’autres. Certains hommes n’abusent de leur partenaire que lorsqu’ils ont bu, d’autres uniquement lorsqu’ils sont à jeûn de toute boisson alcoolisée, d’autres encore indifféremment sous l’emprise de l’alcool ou non. La boisson est certes une excuse facile, mais elle constitue plutôt un facteur déclenchant qu’une cause profonde motivant le choix d’avoir recours à la violence.

    Beaucoup de gens pensent que la violence correspond à une perte de contrôle momentanée.

    Mais en réalité la plupart des cas de violence au foyer font partie d’un schéma de comportement caractéristique d’une relation et visant à dominer, humilier et exercer un contrôle sur la victime. Lorsqu’un homme a abusé une fois de sa partenaire, la probabilité d’une récidive et d’une aggravation est très élevée.

    Beaucoup de gens pensent que les femmes " l’ont bien cherché ": que leurs actes, leur apparence, leur attitude appellent et méritent une réponse violente.

    Mais en réalité le choix d’avoir recours à la violence n’a pas de lien de cause à effet ni logique avec l’attitude de la victime. Nul ne mérite d’être victime d’abus sexuels. Il y a toujours d’autres réponses possibles.

    Une étude conduite dans 35 pays par la Banque mondiale (Banque internationale pour la reconstruction et le développement), a mis en évidence que 25 à 50% de femmes sont sérieusement maltraitées par leur partenaire, physiquement, sexuellement ou psychologiquement.

    Dans différents pays, la police reconnaît que seul un très faible pourcentage des incidents de violence survenant au foyer sont déclarés. Le fait qu’un partenaire ait un comportement abusif semble encore être considéré comme une question d’ordre privé, " intime ", plutôt qu’une agression criminelle.

     

    L’inceste et les abus sexuels pratiqués sur des enfants

    Cette épidémie silencieuse...

    Aucune statistique ne peut rendre vraiment compte des ravages et de la trahison dont sont victimes d’innombrables enfants dont leur père, ou un autre membre de la famille, abuse sexuellement.

    Les pédophiles - des adultes attirés sexuellement par les enfants uniquement - sont des êtres dangereux, et il est important de protéger les enfants de toute forme d’exploitation et d’abus sexuels s’exprimant souvent dans le cadre d’un tourisme organisé du sexe, ou via Internet, ou encore lorsque des enfants deviennent la proie des pédophiles, sont kidnappés par eux, victimes d’agression sexuelle de leur part, ou même assassinés.

    Et pourtant, le plus grand danger pour les enfants ne vient pas des pédophiles, mais des adultes hommes qui usent de leur pouvoir et de leur autorité pour engager des relations à caractère sexuel avec des enfants de leur famille ou d’autres dont ils ont la charge.

    Le fait d’être victime d’un inceste - ou de tout autre forme d’abus sexuel perpétré sur des enfants - vous marque à vie. Trop souvent, les conséquences de ces blessures ne sont ni identifiées ni reconnues. Elles constituent un fardeau honteux, un secret que l’on tait.

  • Combien de prostituées, de prisonniers, de malades mentaux, d’alcooliques, de toxicomanes, de suicidaires ont-ils/elles, dans leur enfance, été victimes d’abus sexuels?

  • Combien de personnes menant apparemment une vie réussie, portentelles au plus profond d’elles-mêmes un cas d’inceste qui les a blessées et les handicapent dans leurs relations sexuelles et émotionnelles?

    De nombreuses personnes victimes d’abus sexuels au cours de leur enfance se fabriquent - consciemment ou inconsciemment - des stratégies de survie. Ces dernières sont peut-être considérées comme des dysfonctionnements, mais elles constituent en fait des réponses logiques à une réalité intérieure.

    Au cours d’un long processus de guérison, certaines victimes luttent péniblement pour devenir des adultes ayant surmonté ce traumatisme; elles restent pourtant marquées par le deuil de n’avoir pu devenir la personne qu’elles auraient été sans cette expérience dévastatrice.

    Pourquoi tant d’hommes dans nos communautés choisissentils d’abuser du corps, de la confiance et de l’amour de leurs propres enfants?

     

    Harcèlement sexuel

    Le flirt gentil, le côté agréable et l’agrément que peuvent procurer les relations entre femmes et hommes font partie des petits plaisirs de la vie, à condition que ces relations soient souhaitées, appréciées et réciproques. Trouver les moyens adéquats d’exprimer des sentiments chaleureux à autrui, sans y mêler aucune intention de domination ou de contrainte, est un des défis que toutes les communautés humaines, y compris l’Eglise, doivent relever.

    Mais divers comportements à connotation sexuelle, lorsqu’ils ne sont ni sollicités ni désirés et surtout lorsqu’ils se répètent, peuvent être des formes de harcèlement sexuel. Par exemple:

  • une apparence suggestive ou des regards concupiscents;

  • des gestes obscènes;

  • des remarques et des commentaires de nature sexuelle;

  • des taquineries ou des plaisanteries à connotation sexuelle;

  • des lettres, des coups de fil ou des documents présentant un caractère sexuel;

  • des attouchements ou une proximité forcés;

  • une insistance pour des rendezvous ou des activités à connotation sexuelle;

  • le fait de proposer d’intervenir en échange d’une faveur sexuelle.

    Le harcèlement sexuel inclut également toute discrimination liée au sexe de la personne et qui stresse et humilie la victime. Tel peut être le cas dans des situations où la volonté de dominer et l’abus de pouvoir se traduisent par un manque de respect ou un mauvais traitement infligé à des personnes considérées comme des objets sexuels, ce qui les rabaisse et leur enlève toute dignité.

    Toutes ces formes de harcèlement sont couramment expérimentées par les femmes - dans divers contextes sociaux: lieux publics, institutions éducatives, lieux de travail, loisirs et activités sportives - ainsi qu’au sein des Eglises.

    [ce texte s’est inspiré de la brochure produite par le COE "Lorsque La Solidarité Chrétienne est Rompue..."]

     

    Viol et agression sexuelle

    Le viol est une forme extrême de violence perpétrée contre l’autre sexe, impliquant une pénétration génitale par le pénis sans le consentement de la victime. Il existe d’autres formes graves et horribles d’agression sexuelle. Elles sont essentiellement des manifestations d’une volonté de pouvoir et de domination, et non l’expression d’un besoin sexuel ou d’un plaisir.

    Une étude britannique indique que:

  • 85% des violeurs sont connus des victimes;

  • 60% des viols sont commis à la maison, généralement chez la victime;

  • une femme sur cinq est violée par son mari ou son partenaire;

  • 20% des hommes jeunes (entre 14 et 25 ans) estiment qu’il serait acceptable de contraindre une femme à un acte sexuel, surtout s’il s’agit d’une petite amie ou d’une épouse;

  • une femme sur quatre sera violée ou violentée une fois dans sa vie.

    Ces statistiques reflètent des tendances enregistrées à travers l’Europe.

    Le viol a été utilisé - et continue de l’être - systématiquement comme une arme stratégique en situation de guerre ou de conflit armé.

    Dans les pays où le taux de violence est élevé, l’assassinat, l’enlèvement et la torture de femmes arrivent tous les jours. Celles qui sont actives au sein de syndicats, de mouvements politiques ou les intellectuelles sont particulièrement exposées. Selon un rapport d’Amnesty International, le viol de femmes emprisonnées est couramment employé comme moyen de torture dans de nombreux pays.

    Les femmes arrachées à leur milieu, ou réfugiées, sont particulièrement exposées au viol. Elles sont souvent contraintes à des actes sexuels pour obtenir de la nourriture ou pour avoir accès à certaines commodités élémentaires.

    Tous les cas de viol ou d’agression sexuelle constituent des crimes graves, et pourtant la majorité des hommes qui ont perpétré ces actes ne sont jamais déclarés coupables et punis dans le cadre d’une procédure légale. " Ils s’en tirent toujours à bon compte ".

     

    La représentation des femmes dans les médias

    Dans nos sociétés européennes, les jeunes filles et les femmes sont entourées de mots et d’images, d’histoires et de photos présentant des portraits irréalistes et dégradants de la femme et de sa vie au quotidien. Des conventions rigides et des mythes circulant sur la nature, l’apparence et l’attitude que devraient avoir les femmes, sont utilisés pour vendre des objets et pour contrôler ou limiter la liberté de la femme en tant qu’être humain à part entière. Ils nous enferment tous - les femmes comme les hommes - dans des stéréotypes réducteurs, préjudiciables et pouvant avoir des conséquences mortelles. La domination sexuelle et la violence sont de plus en plus présentées - dans des films, vidéos, magazines et livres - comme une distraction de masse acceptable: les violences et les abus sexuels pratiqués sur des femmes sont érotisés comme source d’excitation et de plaisir. La pornographie est obscène, non pas parce qu’elle met en scène des corps humains et des actes sexuels, mais parce qu’elle déforme ces actes en les déshumanisant. La racine du mot porno signifie femme captive. La pornographie est une industrie qui rapporte des millions de dollars en tirant profit du lien établi entre le sexe et la souf-france ou la mort de femmes et d’enfants.

    Récemment, des tonnes de vidéos et de magazines pornographiques produits à l’Ouest ont été déversées en Europe centrale et de l’Est. Ce matériel remplace en partie la documentation manquante en matière d’éducation sexuelle et de planning familial et fait faussement imaginer que les abus sexuels représentent un aspect désirable de la " liberté à l’occidentale "

     

    La traite de femmes

    Une forme d’esclavage moderne prospère actuellement en Europe. Des milliers de femmes originaires d’Europe centrale et de l’Est (mais aussi d’Asie) sont achetées, puis amenées dans des pays d’Europe occidentale afin de satisfaire à la demande d’une industrie du sexe de plus en plus lucrative. La traite de femmes forcées à se prostituer est une forme virulente de crime organisé. Les victimes sont confrontées à des promesses illusoires, à une stratégie d’intimidation et à des actes d’une violence brutale. Elles sont privées des droits les plus élementaires de la personne humaine.

    " J’avais 16 ans et j’en avais marre de la pauvreté et des frustrations de la vie en Pologne. J’ai rencontré un homme qui venait de Hollande; il m’a dit que je pourrais trouver un bon travail en Occident et gagner beaucoup d’argent. Il m’a proposé de m’y emmener et, sans prévenir mes parents, j’ai accepté et l’ai suivi. Une fois arrivés en Hollande, il m’a demandé de lui remettre mon passeport. Lorsque ce fut chose faite, j’ai entendu la clé tourner dans la serrure. J’étais prisonnière dans une chambre à l’étage. Lorsque l’homme revint, il me dit qu’il n’avait pas trouvé de travail pour moi, mais que je pourrais gagner de l’argent en ayant des relations sexuelles avec des hommes. Alors que je refusais, il m’enferma de nouveau et me dit que je n’aurais rien à manger jusqu’à ce que je me soumette. J’étais piégée dans le cercle vicieux de la prostitution ".

    Selon l’Organisation internationale des migrants, en 1995, près de 500’000 femmes ont fait l’objet d’une traite illégale vers les pays de l’Unión europeénne. En raison de la situation économique incertaine qui règne en Europe centrale et de l’Est, cette tendance alarmante se poursuit.

    Ceux qui contrôlent cette traite des femmes ont différentes façons de procéder. Certaines de leurs méthodes sont brutales - violer les femmes, les rendre dépendantes de la drogue, les battre, exercer sur elles un chantage avec des photos pornographiques. D’autres sont plus subtiles - leur faire des promesses illusoires, les isoler, ou les maltraiter psychologiquement. Il est pratiquement impossible d’échapper au gang des responsables du réseau.

     

    Les Eglises face à la violence exercée à l’encontre des femmes

    Au cours des dernières années, de plus en plus de femmes ont, avec courage et fermeté, commencé à briser la loi du silence qui enveloppe la violence. Elles sortent désormais de l’ombre de la honte et du désespoir et racontent leur histoire, leurs souffrances et leur survie. Malgré toutes les humiliations qu’elles ont subies, elles commencent à prendre conscience de leur droit de vivre sans connaître la peur ou l’oppression et de mener une vie où elles ne connaîtront qu’honnêteté et dignité.

    Beaucoup de gens, au sein des Eglises et dans la société, espèrent que les communautés chrétiennes seront fidèles à leur héritage pastoral et prophétique face aux dures réalités du quotidien. Il y a un besoin évident d’écoute de ces témoignages et de mise au point par les Eglises de nouvelles réponses empreintes de compassion et de justice.

    Certaines femmes qui avaient été maltraitées et avaient survécu à ce traumatisme, ont eu la chance de trouver dans leur Eglise locale un lieu sûr et une source de réconfort.

    Mais, pour beaucoup trop de femmes, l’Eglise n’a pas su jouer son rôle de refuge dans la détresse. Il y a même des cas où des femmes ont été victimes de violence et d’abus sexuels au sein même d’un environnement ecclésial.

    Des témoignages recueillis dans toute l’Europe révèlent que bon nombre d’hommes occupant des postes à responsabilité spirituelle ou pastorale abusent de la confiance de leurs paroissiennes en adoptant un comportement à caractère sexuel impropre. Cela se manifeste dans le contexte d’une assistance psychologique, de la confession, de relations de travail, du travail avec la jeunesse, etc.

    Les facteurs communs qui distinguent une telle attitude d’un comportement responsable permettant des rencontres ou des relations aimantes et altruistes, sont:

  • l’abus de pouvoir et d’autorité;

  • le manque de réciprocité et d’égalité;

  • l’absence d’un consentement significatif et éclairé.

    Les conséquences d’une telle trahison de l’intégrité de la responsabilité spirituelle et pastorale sont dévastatrices pour toutes les parties, y compris pour la communauté dans son ensemble. Elles sèment la confusion, la division et démoralisent.

    " J’ai été maltraitée sexuellement lorsque j’étais petite et je suis allée voir mon curé pour lui demander conseil. Il m’a fait répéter avec lui les actes auxquels mon père m’avait contrainte et m’a dit que c’était la volonté de Dieu, que cela faisait partie d’un processus de guérison.

    Après cela, j’ai eu des tendances suicidaires, j’avais honte et me sentais trahie. Le curé continuait à occuper sa position d’autorité et de confiance, tandis que moi, j’étais oubliée, désespérée, abandonnée. J’ai quitté l’Eglise: elle n’avait fait que me blesser et m’abandonner lorsque j’avais désespérément besoin d’aide. J’avais l’impression que Dieu ne m’avait créée que pour subir toutes les méchancetés que d’autres personnes m’avaient infligées ".

    D’un point de vue historique, les Eglises ont grandement manqué à leur devoir de reconnaissance et de réponse face à la réalité de la violence et des abus sexuels commis à l’encontre des femmes dans leur propre environnement. Ce manquement est évident en ce qui concerne l’enseignement et la formation spirituelle préparant le clergé, les laïcs et les laïques à l’accomplissement de leur vocation.

    Le silence des Eglises et leur manque de préparation donnent aux victimes l’impression de ne pas être soutenues, d’être isolées, voire même méprisées et rejetées par la communauté chrétienne dont elles font partie.

    De plus, trop de femmes, ayant osé chercher de l’aide auprès de leur Eglise, ont pu constater que la priorité était donnée à la protection de l’individu qui s’était rendu coupable de tels actes et à la sauvegarde de la réputation de l’institution, au lieu de mettre l’accent sur l’accompagnement de la victime qui souffre et de se montrer solidaire face aux lourdes conséquences auxquelles elle se trouve confrontée dans sa vie.

    " J’ai enduré pendant des années la cruauté et la main mise de mon mari. Il était un pasteur respecté de tous. Lorsque, finalement, je me décidai à le quitter, les responsables ecclésiastiques ne firent rien pour me venir en aide, alors que je ne savais où loger et que je n’avais pas un sou. L’opinion publique est du côté de l’homme - elle le croit, en tant qu’homme de Dieu, au-dessus de tout soupçon. C’est tellement injuste. J’ai essayé de me confier à un autre ministre, mais il m’a accusée d’être névrosée et vindicative. Le système nous contraint à la honte et au silence, même si nous voulons parler ".

    " ... après des années de souffrances - j’étais rouée de coups presque tous les vendredis soirs - je rassemblai ce qu’il me restait d’énergie pour aller consulter mon pasteur. Je croyais devenir folle. La peur et la honte m’avait fait perdre tout amour-propre. Je respirais encore, mais il ne me restait rien d’autre. Le pasteur m’accueillit et me donna le conseil suivant: ‘Vendredi prochain, pense à Jésus qui a souffert bien davantage pour ton salut. Si tu endures en silence le fardeau de tes souffrances sur terre, et si tu ne brises à aucun moment les liens sacrés du mariage, alors tu connaîtras un jour la joie du paradis. "

    A la lumière de ce que nous ne pouvons désormais ignorer, il est encourageant de noter que de nombreux responsables ecclésiastiques - au niveau international, régional et local - ont pris la parole. Ils ont déclaré que la violence exercée à l’encontre des femmes, sous toutes ses formes, était indéfendable et inacceptable. Usant de leur autorité, ils avertissent les Eglises européennes de la nécessité de prendre des mesures résolues.

    Il y a de nombreux exemples de réponses courageuses et pratiques, conformes à la foi, apportées par des chrétiens dans différents contextes européens:

  • L’Union baptiste de Grande-Bretagne et d’Irlande a créé un groupe d’action pour lutter contre la violence exercée à l’encontre des femmes et a adopté une résolution sévère à ce sujet au cours de son Assemblée; de plus elle prodigue à chaque paroisse une assistance pratique afin de la sensibiliser à ce problème et d’apporter un soutien adéquat à celles qui se confient sur ce qu’elles ont enduré.

  • L’Église luthérienne de Norvège a mis au point une politique efficace pour traiter les allégations d’abus sexuels commis au sein de l’Église.

  • Aux Pays-Bas, des chrétiens de tradition réformée et catholique romaine se sont unis pour former une organisation d’entraide qui a mené avec succès une campagne en faveur de nouvelles politiques et procédures au sein des différentes structures ecclésiastiques et qui a mis en place un réseau de ‘personnes de confiance’ pour soutenir et conseiller les victimes d’abus commis par une autorité pastorale.

  • Les Églises allemandes ont été au premier rang de la lutte contre cette forme moderne d’esclavage que constitue la traite de femmes.
  • A la suite du lancement d’un projet d’étude et d’action et de diverses initiatives oecuméniques prises en Écosse, une nouvelle initiative internationale, très prometteuse, rassemblant sept organisations partenaires dans cinq pays européens, a pu être lancée grâce à des fonds de la Commission européenne. Le PROJET THENEW: ÉDUCATION CHRÉTIENNE ET LUTTE CONTRE LA VIOLENCE ET LES ABUS SEXUELS DONT SONT VICTIMES LES FEMMES EN EUROPE, a pour objectif de créer un réseau européen d’information, de pratiques de vie et de coopération reliant toutes les personnes travaillant dans des contextes ecclésiastiques. Il prépare également un matériel pédagogique destiné à l’éducation théologique, la formation, l’action concrète et la liturgie.

    Ces initiatives, et d’autres, confirment que les chrétiens ont une contribution importante et unique à apporter pour venir à bout de la violence exercée à l’encontre des femmes au sein de l’Église et de la société.

     

    La réponse des responsables d’Eglises pourrait prendre les formes suivantes:

  • Déclarer que la violence exercée contre les femmes est un péché.

  • Encourager le clergé local, les laïcs et les laïques à prendre conscience des différentes expressions que peuvent prendre les abus sexuels commis dans leur propre contexte.

  • Développer des politiques et des procédures permettant de gérer de façon équitable les

    situations de harcèlement et d’abus sexuels se manifestant au sein de l’Eglise.

    Celle des pasteurs à l’échelle locale, des prêtres, des directeurs spirituels et des responsables laïcs et laïques pourrait consister à:

  • Se préparer afin d’être à même de mieux reconnaître les besoins des femmes victimes d’abus sexuels au sein de leur communauté et de mieux y faire face.

  • Développer des stratégies de coopération avec d’autres personnes s’efforçant elles aussi de soutenir, de protéger et d’accueillir les victimes maltraitées; unir leurs efforts afin de prévenir la manifestation de telles violences et abus sexuels au sein de leur communauté.

  • Saisir différentes opportunités au sein de la vie de la paroisse pour appeler par son nom

    la violence dont sont victimes les femmes: au cours des sermons, des prières d’intercession, d’études bibliques, dans le cadre de l’instruction chrétienne (pour enfants et adultes), dans des publications ecclésiastiques, etc.

     

    Celle des enseignants dans les institutions d’enseignement (écoles, centres de formation, séminaires et facultés) pourrait s’exprimer de la façon suivante:

  • Inclure divers aspects de ce sujet complexe dans leur enseignement et leur matériel pédagogique ainsi que dans les programmes d’études.

  • Rester attentifs aux attitudes, valeurs et pratiques susceptibles d’être de connivence avec toute forme de violence individuelle ou structurelle exercée à l’égard des femmes dans leur contexte éducatif.

  • Entreprendre une réflexion théologique sur la nature, les causes profondes et les conséquences de la violence et de l’abus de pouvoir.
  • Si vous êtes une femme ayant survécu à une forme quelconque de violence, souvenez-vous que:

  • Cette expérience douloureuse n’était pas la volonté de Dieu pour vous.

  • Ce n’est pas de votre faute.

  • Vous êtes une personne de valeur qui mérite de mener une vie digne.

  • Vous n’êtes pas responsable de la violence commise par une autre personne ou de ses abus sexuels, et vous n’avez pas à le tolérer, le comprendre ou l’accepter.

  • Vous méritez de trouver une personne digne de confiance qui croira votre témoignage.

  • Vous avez le droit de parler de ce qui s’est passé - lorsque vous choisissez de le faire.

  • Vous avez le droit de faire des choix susceptibles de changer votre propre vie.

  • Il y a d’autres personnes qui ont également été maltraitées et qui ont trouvé un moyen de s’en sortir.

  • Il existe des compagnes et des compagnons de route désireuses de partager votre combat (groupes de soutien pour les rescapées, assistance psychologique, centres d’accueil pour les femmes, littérature, assistance téléphoniques, etc.).

  • Ensemble, avec d’autres, nous pouvons oeuvrer à la transformation des relations, les attitudes et structures qui conduisent à abuser des femmes et à les violenter.

  • Il n’est jamais trop tard pour entamer le voyage vers votre guérison et votre intégrité retrouvée.

    Si vous êtes un homme ayant commis des violences à l’égard des femmes ou les ayant maltraitées, souvenez-vous que:

  • Votre choix de comportement est inadéquat, inacceptable et qu’il a des conséquences graves.

  • Abuser sexuellement des femmes constitue une violation de leurs droits de la personne le plus élémentaires. Sous bien des aspects, c’est également une attitude criminelle, même si vous la gardez secrète et bien cachée.

  • Le fait d’abuser sexuellement des femmes entame aussi votre propre intégrité en tant qu’homme.

  • L’alcool, le stress, la jalousie et les tracas ne sont pas des excuses valables pour justifier un comportement caractérisé par des abus sexuels.

  • Vous êtes responsable de vos actions répréhensibles ou de vos schémas de comportement. Il n’y a que vous qui puissiez prendre la décision de reconnaître votre erreur et de changer les attitudes et les convictions qui motivent vos actions.

  • Culturellement et socialement, il est de moins en moins acceptable d’abuser sexuellement des femmes. N’imaginez pas que votre comportement ne sera pas mis à l’index - même d’autre hommes ne l’accepteront pas.

  • Il y a des compagnons de route prêts à vous épauler dans votre combat pour changer (groupes de soutien mutuel, réseaux et programmes pour lutter contre la violence / les abus commis par des hommes, programmes de rééducation, assistance psychologique, littérature).

  • Il est possible de déprogrammer votre comportement abusif, mais cela vous demandera un sérieux engagement, une réévaluation radicale de tout votre système de valeurs.

     

    la Déclaration de Ballycastle

    En 1994, un colloque sur la violence exercée à l’encontre des femmes en Europe, s’est déroulé à Ballycastle en Irlande du nord; il était organisé par la KEK et le COE. Les participantes à ce colloque ont alors lancé un appel aux Églises d’Europe pour qu’elles apportent une aide efficace en:

  • sachant écouter les femmes et apprendre de leurs témoignages;

  • reconnaissant notre complicité dans des formes de violence individuelle et structurelle;

  • en agissant en solidarité avec tous ceux et toutes celles qui souffrent.

    En cette année 1999, il y a des signes d’espoir: la chrétienté semble prête à participer à un processus de transformation, nous permettant de retrouver de justes relations entre enfants, femmes, hommes et Dieu, pour le bien de nos Églises et des communautés au sens large.

    Prions Dieu de benir nos efforts pour mettre en oeuvre l’appel que la Déclaration de Ballycastle qui conclut en ces termes:

    " La violence contre les femmes empêche l’Église d’être une vraie communauté de femmes et d’hommes.

    Femmes et hommes dans l’Église, nous sommes interpellés et appelés à assumer nos responsabilités de manière appropriée.

    Rompons le silence qui enveloppe la violence envers les femmes.

    Par nos prières, par notre prédication, par nos pratiques de vie.

    Proclamons l’histoire des femmes qui sortent de l’ombre. "


    Ill. Kristina Wessel

     

    Pour tout complément d’informations ou toute précision à propos de la réponse des Églises à la violence et aux abus sexuels dont sont victimes les femmes, veuillez contacter les adresses suivantes:

    Conférence des Églises européennes
    150 route de Ferney
    Case postale 2100
    CH-1211 Genève 2
    Suisse
    ++41 22 791 61 11

    PROJET THENEW:
    Éducation chrétienne et lutte contre la violence
    et les abus sexuels dont sont victimes les femmes en Europe
    St George’s West Church
    58 Shandwick Place
    GB-Edinburgh EH2 4RT
    ++44 131 220 6301
    E-mail: LesleyOrr@aol.com

    Anja Vollendorf
    Evangelische Frauenhilfe in Westfalen e.V.
    Postfach 13 61
    D-59473 Soest
    Allemagne
    ++ 49 2921/371-0

     

    Cette brochure a été écrite par la

    pasteure Irja Askola, Finlande
    (ancienne responsable des questions féminines de la Conférence des Eglises européennes) et
    la docteure
    Lesley Orr Mac Donald, Ecosse.

    Mise en page: Marianne Ejdersten, Suède.

    Original en anglais.