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LE CLONAGE DES ANIMAUX ET DES ETRES HUMAINS
Une approche éthique
Le Comité Exécutif de la Commission Œcuménique Européenne pour Eglise et Société (EECCS) a
approuvé la mise à disposition de ce document, en vue d'aider des Eglises en Europe à mieux
comprendre et débattre des questions liées au clonage. Le Comité Exécutif remercie les membres du
Groupe de Travail sur la Bioéthique (dont la liste figure en dernière page) d'avoir préparé ce
mémoire.
Introduction
Le Groupe de Travail sur la Bioéthique de l'EECCS se trouve dans une position privilégiée pour faire
des commentaires pertinents sur les nombreuses questions éthiques qui se posent. Bien avant que
Dolly, la brebis clonée, ne fasse la une des journaux, l'une de nos Eglises membres participait au débat
éthique avec les chercheurs de l'Institut Roslin à Edimbourg au sujet du génie génétique et des
questions qu'il soulève. Un certain nombre de membres de l'EECCS ont présenté des déclarations ou
commentaires dans ce domaine. (1)
C'est pourquoi nous sommes en mesure de présenter des observations informées sur les questions
fondamentales et pratiques posées par cette recherche, à la fois quant aux animaux et aux êtres
humains.
Nous saluons l'opposition au clonage humain exprimée par le Parlement Européen, ainsi que par le
protocole à la Convention de Bioéthique du Conseil de l'Europe (2). Pourtant, nous sommes préoccupés
par le fait que ces deux organisations n'ont pas encore pris en compte suffisamment les
questionnements éthiques qui se développent largement en Europe au sujet du clonage animal.
L'opinion du Groupe de Conseillers pour l'Ethique de la Biotechnologie auprès de la Commission
Européenne présente sur ce plan un point de vue plus approfondi. Nous sommes également soucieux
au sujet des implications éthiques de certaines possibilités de développement des applications
médicales de la technique du transfert de noyau, donnant lieu à des spéculations en ce moment.>
Le clonage - quelques distinctions importantes
Le clonage est un terme qui est presque entré dans le langage courant. Nous aimerions clarifier ce que
nous entendons par là. Il ne s'agit pas de l'éventuelle création de robots d'apparence humaine ni d'une
autre production de science-fiction, mais de la copie génétique d'un organisme individuel, soit par la
division embryonnaire à un stade précoce, soit par la technique de l'Institut Roslin, le transfert de
noyau. Etant donné une certaine confusion quant au clonage dans les médias, il importe d'établir
quelques distinctions élémentaires:
-
entre cloner un animal, ce qui est déjà possible, et cloner un être humain, ce qui est purement spéculatif
et pourrait ne jamais se réaliser,
entre cloner en vue de reproduire un organisme complet - ce qu'on appelle le «clonage reproductif »,
et cloner des cellules dans un but médical ou vétérinaire limité - technique à laquelle le terme un peu
controversé de «clonage thérapeutique» a quelquefois été appliqué,
entre l'utilisation spécialisée du clonage animal à des fins de recherche ou avec une application limitée,
et son utilisation généralisée par exemple pour la production animale,
entre l'apparition imprévisible de jumeaux dans l'utérus, et l'acte délibéré de cloner un individu
existant connu.
Dans ce qui suit, nous ferons référence à ces distinctions.
10 questions-clés
Nous examinerons les problèmes à partir des 10 questions suivantes :
-
de quelle manière une société devrait-elle utiliser ses compétences en biotechnologie?
qu'est-ce que le clonage en lien avec notre compréhension du monde?
y a-t-il des circonstances dans lesquelles les techniques de clonage devraient être appliquées aux
animaux?
les aspects des techniques du clonage affectant le bien-être des animaux sont-ils acceptables ou non?
devrait-il être permis de cloner un être humain entier ? Quels sont les objections éthiques et les risques
concrets?
y a-t-il des circonstances, et lesquelles, où il serait acceptable d'un point de vue éthique, d'utiliser des
techniques de clonage en médecine humaine ou dans la recherche médicale ou vétérinaire?
serait-il acceptable d'un point de vue éthique de créer des embryons humains clonés à des fins de
recherche?
serait-il acceptable d'un point de vue éthique de reprogrammer des cellules somatiques animales ou
humaines en vue de créer des organes séparés, en supposant que cela soit possible techniquement?
de quelle manière une telle recherche sur le clonage devrait-elle être contrôlée et menée de façon
responsable aux yeux de l'opinion publique?
quelles sont les limites de l'intervention technique en matière de reproduction humaine, de défaillance
d'organes et de processus du vieillissement?
Mise en perspective des biotechnologies
-
De quelle manière une société devrait-elle utiliser ses compétences en biotechnologie?
Il appartient à la nature humaine de chercher à façonner le monde créé qui nous environne. Mais
lorsque nous parlons de création, ce n'est pas dans le sens d'un événement singulier, mais plutôt d'une
évolution continue dévoilant l'ordre naturel créé et maintenu par Dieu. Lorsque l'ancien récit de la
Genèse décrit les êtres humains comme porteurs de «l'image de Dieu» en nommant les animaux, un
acte créateur est impliqué. C'est pourquoi en tant que chrétiens, nous ne sommes certainement pas
opposés aux biotechnologies ou à la recherche biomédicale en tant que telles. Toutefois, nous sommes
conscients du fait que tout développement n'est pas forcément acceptable, et qu'il nous faut examiner
de façon critique les raisons du développement des biotechnologies et celles qui déterminent leurs
priorités. Ces dernières années ont vu des progrès importants et indubitables. Nous avons à présent une
bien meilleure compréhension des mécanismes qui contrôlent de nombreux processus de la vie.
Cependant, plus nos méthodes gagnent en efficacité, plus il nous faut tenir compte non seulement de ce
qui est possible techniquement, mais aussi de ce qui peut nous arriver en tant qu'êtres humains si nous
acquiesçons à toutes les possibilités que la science peut offrir. Il importe d'orienter de façon appropriée
la tendance actuelle qui consiste à «voir si c'est possible», et qui s'avère le moteur principal du
développement. La biologie moléculaire reste à bien des égards une science en cours de maturation.
Elle commence à prendre conscience de son pouvoir, mais ne sait pas encore en user de façon
équilibrée eu égard à des dimensions plus larges de la vie et en lien avec une compréhension réaliste de
la nature humaine.
Notre héritage chrétien nous enseigne la circonspection face à des notions romantiques de
perfectionnement humain et de progrès scientifique indéfinis, qui prévalent dans certains secteurs du
monde scientifique ou politique. Notre soutien à la recherche scientifique est tempéré par la conscience
que nous avons de la finitude et de la faillibilité humaines. Nos connaissances en biologie ne sont pas
aussi importantes que ce que nous pensons parfois et la nature humaine a malheureusement tendance
autant à mésuser des talents reçus de Dieu qu'à en faire bon usage. La Bible enseigne une vision
holistique de la vie humaine, qui s'accomplit dans la relation à l'autre. Le respect de l'être humain et
pour nos relations les uns avec les autres et avec le reste de la création de Dieu sont dès lors des
critères plus importants que le simple progrès, le bien-être économique et les avancées médicales en
elles-mêmes. Quel que soit leur caractère positif, ce ne sont pas des absolus. Cela nous conduit à
penser que tout progrès technique en biotechnologie n'est pas nécessairement souhaitable. Pour
s'épanouir, cette science doit apprendre à dire «non» aussi bien que «oui». C'est particulièrement le
cas dans la sphère du clonage.
Principes fondamentaux face au clonage
-
Qu'est-ce que le clonage en lien avec notre compréhension du monde ?
Certaines voix préconisent de s'appuyer sur de récentes découvertes pour aller de l'avant, en spéculant
sur d'éventuels bénéfices pouvant résulter du clonage. Ce point de vue naïf doit être examiné à la
lumière de deux questions. Premièrement, soumettons-nous la création de Dieu à quelque chose de
fondamentalement faux? Deuxièmement, les bénéfices escomptés le sont-ils au détriment d'aspects
plus importants de notre humanité ou au détriment de notre responsabilité par rapport à la création?
Presqu'universellement, il a été reconnu que cloner un être humain est fondamentalement une erreur,
mais il faut réagir non seulement avec le cœur mais aussi rationnellement, et s'interroger sur les
principes plus généraux sur lesquels se fonde une telle intuition. Certains arguments ne résistent pas à
l'examen critique, d'autres sont essentiels.
Par exemple, on ne peut pas prétendre que le clonage est anti-naturel dans l'absolu, puisqu'il est
relativement fréquent dans le règne végétal. Quant aux mammifères et humains, ils se reproduisent
sexuellement, sauf dans le cas d'un embryon qui se divise pour former deux jumeaux identiques, ce qui
représente un processus asexué semblable au clonage. Faut-il finalement respecter une telle distinction
biologique ou nous féliciter de notre capacité humaine de la contourner? Cela nous conduit à des
considérations sur la nature de notre monde, de notre humanité et de notre reproduction.
Pour un chrétien, le monde est la création de Dieu, dont la variété est l'une des caractéristiques. La
vision générale reflétée par la Bible est celle d'une création dont la diversité est elle-même source de
louange envers le créateur. Cette célébration de la diversité se retrouve peut-être dans l'une des règles
fondamentales de la sélection animale et végétale, celle qui implique le maintien d'un certain degré de
diversité génétique au cours du processus de reproduction sexuée. Devrait dès lors déjà nous mettre en
alerte le fait de réduire cette diversité par des interventions humaines comme les techniques
d'insémination artificielle et le transfert d'embryon chez le bétail. Le clonage visant à créer un animal
génétiquement identique représenterait un pas de plus dans cette direction. D'aucuns estiment que cette
réduction de la diversité génétique en tant que projet de produire délibérément à la demande des
répliques génétiques d'animaux voire d'êtres humains, violerait un aspect de la nature -d'origine
divine - des choses. Ils en concluent que le clonage est donc une erreur absolue, indépendamment de
l'utilité recherchée. Il nous semble que l'argument de la diversité soit ici poussé trop loin. Dans le
contexte du développement de l'interventionisme technique, le clonage ne représente pas de ce point
de vue le franchissement d'une frontière claire, devant conduire à des limitations.
Tout au plus la diversité est-elle un argument partiel. Il existe d'autres facteurs à prendre en
considération: le contrôle sur ce qui est cloné, le degré d'instrumentalisation, l'échelle et l'intention.
Evoquer des contextes particuliers permet d'y voir plus clair. Nous examinerons d'abord les
applications au règne animal, qui constituent le problème le plus immédiat.
Le clonage d'animaux
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Y a-t-il des circonstances dans lesquelles les techniques de clonage devraient être appliquées aux
animaux?
-
Les aspects des techniques du clonage affectant le bien-être des animaux sont-ils acceptables ou non?
Il importe de resituer les expérimentations d'Edimbourg dans le travail à long terme de l'Institut Roslin
sur la modification génétique de brebis et de vaches, en vue de produire dans leur lait de précieuses
protéines pour la médecine humaine. Le premier produit - permettant le traitement de poumons
endommagés par l'emphysème et la mucoviscidose - a été soumis aux essais cliniques. On s'attend à
de nombreux autres produits. Le but originel du développement des méthodes de transfert du noyau
n'était pas de produire des clones, mais de découvrir des moyens plus appropriés de réaliser ce type de
modification chez des animaux de ferme. La méthode actuelle d'injection d'ADN dans des cellules
embryonnaires fonctionne sur le principe du hasard et n'est pas très fiable. Ce serait beaucoup plus
efficace de pratiquer les modifications génétiques in vitro, en sélectionnant uniquement les cellules
souhaitables, à condition de trouver le moyen de créer un animal à partir d'une culture cellulaire. Ce
qui s'est avéré impossible pour des animaux de ferme jusqu'à l'annonce par l'Institut Roslin de la
naissance de l'agneau Polly en juillet 1997, premier animal transgénique créé par transfert nucléaire.
Le fait que cette brebis soit un clone, quasiment identique à son «parent» d'un point de vue génétique,
ne sera exploité dans ce cas que de façon limitée, en vue de produire 5 à 10 «parents», qui se
reproduiront normalement par la suite. Dans ce contexte spécial, où l'intention principale n'était pas de
cloner l'animal en tant que tel et où des méthodes naturelles sont inopérantes, il semble acceptable
d'utiliser la technique du clonage, même si certains en doutent.
Il est trop tôt pour être plus précis au sujet d'autres applications spécialisées, qu'il faudrait examiner
d'un point de vue critique, pour savoir par exemple s'il peut s'agir d'un usage plus systématique du
clonage ou sur une plus grande échelle, ou encore dans des buts plus triviaux. Tout usage de cette
technique dépend aussi de la résolution satisfaisante des questions liées au bien-être des animaux, par
exemple l'apparition de fœtus particulièrement grands et les problèmes périnataux. Il est encore trop
tôt pour évaluer l'ampleur de cette problématique.
Après être parvenus à cloner des animaux de ferme de façon limitée, les chercheurs ont très vite
évoqué les possibilités d'applications plus générales pour la production animale. Mais serait-ce
acceptable d'un point de vue éthique ? C'est là une question souvent négligée dans les réponses
éthiques au clonage. Nous aimerions pallier cet oubli. Diverses applications du clonage animal ont été
suggérées pour accroître la production de viande et de lait. Dans ces cas-là, des méthodes
conventionnelles de sélection sont déjà disponibles. L'attrait principal du clonage résiderait dans la
possibilité de sauter plusieurs générations sur le plan de l'élevage, pour des raisons de profits
économiques, ainsi que de goût ou de confort des consommateurs. Dans d'autres secteurs de la
production animale, il est déjà apparu combien nous avions sacrifié la dignité à laquelle ont droit les
animaux aux impératifs de l'efficacité économique. Rappelons-nous que nous avons affaire à des
créatures individuelles, et non à des marchandises sans vie sur une chaîne de production. Nous pensons
que cela ne serait pas défendable sur le plan éthique, dans la mesure où nous irions trop loin dans la
transposition au règne animal des principes industriels de production de masse. De même que dans
l'Ancien Testament, un bœuf ne devait pas être muselé tandis qu'il piétinait le blé pour en extraire le
grain, les animaux ont droit à certaines libertés qu'il nous incombe de préserver. Nous avons le droit
d'utiliser les animaux jusqu'à un certain point, mais il faut nous rappeler qu'ils sont d'abord des
créatures de Dieu, ce qui ne nous permet pas de les traiter selon notre bon plaisir. Nous ferions la
différence entre des applications visant essentiellement un profit économique et celles dont pourraient
aussi bénéficier des animaux, par exemple la recherche sur la résistance aux maladies, à laquelle il n'y
aurait pas les mêmes objections.
Le clonage d'êtres humains
-
Devrait-il être permis de cloner un être humain entier ? Quels sont les objections éthiques et les
risques concrets?
Il n'est pas sûr du tout que la technologie utilisée pour créer Dolly fonctionnerait si on l'appliquait à
d'autres animaux, sans parler des êtres humains. Dans l'état actuel des connaissances, le nombre
d'échecs et de fœtus anormalement grands dans les essais de clonage d'animaux implique qu'il y aurait
de sérieux risques en cas d'application d'une telle recherche aux humains, pas seulement sur le plan de
l'anormalité de la descendance mais aussi pour la vie de la femme qui porterait le clone. C'est là un
argument éthique très fort contre la mise en œuvre d'un programme expérimental de ce genre. En dépit
des prétentions de ceux qui partagent une vision idéaliste du progrès scientifique, le clonage humain
risque d'être trop dangereux. Pourtant, il importe d'examiner les implications d'éventuelles
applications de cette technologie à l'être humain.
En tant que chrétiens, nous considérons que le principe même du clonage humain est inacceptable d'un
point de vue éthique. Le fait de choisir de dupliquer la constitution génétique d'un être humain est
souvent assimilé à une violation de la dignité foncière et du caractère unique de chaque être humain
fait à l'image de Dieu. Qu'en est-il de façon plus précise? Les questions cruciales tournent autour du
degré de contrôle qu'un être humain peut s'arroger sur la constitution génétique d'un autre, la
tendance à instrumentaliser l'être humain par le clonage et les dangers importants sur le plan
psychologique et relationnel.
La vision biblique de l'humanité implique que nous sommes beaucoup plus que nos gènes, mais que
ceux-ci représentant une partie importante de notre constitution. Par définition, cloner signifie exercer
un contrôle sans précédent sur cette dimension-là d'un autre individu. Un tel contrôle d'un être humain
sur un autre est incompatible avec la conception éthique de la liberté humaine, en ce sens que l'identité
génétique de chaque individu est, de manière inhérente, imprévisible et non programmée. Cela renvoie
à la différence éthique importante entre le fait de choisir de cloner à partir d'un individu existant et
connu et la création imprévisible dans l'utérus de jumeaux «identiques», dont la nature génétique est
encore inconnue. La simple existence de jumeaux «identiques» ne peut donc pas être invoquée pour
justifier la pratique du clonage.
La plupart des applications proposées du clonage entraîneraient aussi une instrumentalisation
essentielle à la fois du clone et de la personne clonée. La théologie chrétienne admet une distinction
importante entre l'animal et l'être humain. Les premiers peuvent être soumis à une certaine
instrumentalisation, mais non les seconds. Cloner un enfant atteint de leucémie pour obtenir de la
moelle compatible serait traiter dans ce cas le «semblable cloné» en tant que moyen en vue d'une fin,
au profit d'un tiers, plutôt que pour son bien propre, et ce sans son consentement. Quant à l'idée de
faire naître un enfant d'un couple infertile en clonant l'un des deux parents, elle soulève d'autres
questions: au lieu d'être un «produit» génétique unique issu de deux parents, l'enfant serait la copie de
l'un d'eux. Beaucoup considèrent cela comme un détournement massif de la reproduction. Sur le plan
psychologique, nul ne sait les effets éventuels sur l'identité et les relations humaines pouvant affecter
une personne qui serait jumeau ou jumelle de son père ou de sa mère, mais d'une génération et dans un
environnement différents. Le clone se sentirait-il simplement comme une copie de quelqu'un ayant
déjà existé, sans pouvoir développer une identité propre ? Ce serait certainement une erreur de faire
courir à quelqu'un un tel risque en connaissance de cause.
Enfin, le clonage humain entraînerait des risques graves d'abus par des gens sans vergogne cherchant à
exploiter d'autres êtres humains. Même s'il est peu probable que ce clonage sera jamais mis en œuvre
à grande échelle, le danger existe en tous cas de susciter des espoirs de guérison irréalistes, ou des
convoitises financières liées à des procédés dangereux. Le clonage humain devrait être prohibé au
niveau mondial. Nous savons bien qu'il serait impossible d'empêcher une clinique clandestine ou une
dictature de ne pas tenir compte d'un traité international d'interdiction, mais il faut fixer des limites.
Il faut également compter sur une deuxième barrière, celle de l'éthique des chercheurs, pour lesquels la
poursuite de telles recherches iraient à l'encontre de la déontologie professionnelle. L'attitude des
chercheurs d'Edimbourg condamnant toute idée de clonage humain en est un bon exemple.
Usages limités des méthodes de clonage
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Y a-t-il des circonstances, et lesquelles, où il serait acceptable d'un point de vue éthique, d'utiliser des
techniques de clonage en médecine humaine ou dans la recherche médicale ou vétérinaire ?
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Serait-il acceptable d'un point de vue éthique de créer des embryons humains clonés à des fins de
recherche ?
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Serait-il acceptable d'un point de vue éthique de reprogrammer des cellules somatiques animales ou
humaines en vue de créer des organes séparés, en supposant que cela soit possible techniquement ?
Beaucoup de propositions ont été faites pour l'utilisation de la technique du transfert nucléaire dans un
contexte bien plus limité: pour la recherche dans les domaines de la différentiation cellulaire, du
vieillissement, de la stérilité, et peut-être aussi de la reprogrammation de cellules de peau humaine en
vue d'obtenir, par exemple, de la moelle osseuse pour des greffes en faveur de patients atteints de
leucémie. Il ne s'agit là que d'hypothèses. Nombre d'entre elles requièrent d'importantes avancées
supplémentaires en recherche fondamentale, sachant que les connaissances scientifiques en la matière
ne sont encore que très partielles. A l'heure actuelle, il serait prématuré d'exclure a priori tout usage
limité des méthodes de clonage. Mais puisque nous ignorons leurs éventuelles modalités, il est bien sûr
difficile d'évaluer leur dimension éthique. Tous les projets devraient être soumis à un examen
préliminaire approfondi sur le plan éthique et à un débat public. Certains pourraient être acceptables;
d'autres soulèveraient des problèmes éthiques énormes. Par exemple, même en dehors de la question
controversée de la recherche sur l'embryon, la création d'embryons humains clonés à des fins de
recherche semble inacceptable. La création d'organes humains clonés pose également un problème si
le seul moyen pour y parvenir passe par une recherche abusive sur les animaux, comme en témoigne la
grenouille sans tête. Une façon injustifiable de traiter les animaux empêcherait le développement de
nouvelles technologies. Quels qu'en soient les avantages médicaux, certaines souffrances ne devraient
jamais être infligées aux animaux.
Recherche et contrôle démocratique
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De quelle manière une telle recherche sur le clonage devrait-elle être contrôlée et menée de façon
responsable aux yeux de l'opinion publique?
Les spéculations sur l'usage des techniques de clonage soulèvent deux questions plus vastes : d'une
part, le déficit de participation de l'opinion public au processus de fixation des priorités de la
recherche. La solution à ce problème n'est pas facile, mais ne faudrait-il pas au moins créer un comité
d'éthique permanent pour les biotechnologies non-humaines, dont le travail transparent permettrait une
information et un débat publics préalables surtout dans des domaines aux implications éthiques
significatives ?
Rêves d'immortalité?
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Quelles sont les limites de l'intervention technique en matière de reproduction humaine, de défaillance
d'organes et de processus du vieillissement?
D'autre part, il y a risque de voir justifiée toute nouvelle proposition en matière de biotechnologies sur
la base de promesses d'avantages médicaux. Cela nous ramène à l'objectif primordial d'une telle
recherche. Les idées étranges du docteur Seed sur le clonage ouvrant la voie à l'immortalité et à
l'équivalence avec Dieu sont aussi choquantes pour la foi chrétienne qu'irréalistes sur le plan
scientifique. Mais elles trahissent une croyance répandue, sous-jacente et naïve, au pouvoir qu'aurait la
science de résoudre tous les problèmes humains. Même les riches ne peuvent pas faire remplacer leurs
organes à l'infini. Les biotechnologies ne sont pas un moyen d'échapper à la question finalement
théologique de notre finitude humaine et au face-à-face inévitable avec la mort.
En guise de conclusion
Bien entendu, ce document ne prétend pas dire le dernier mot sur une question si difficile. Il représente
l'état actuel de la réflexion du Groupe de Travail. Tout commentaire ou réaction sera la bienvenue,
qu'elle provienne ou non d'un membre de l'EECCS. Merci de bien vouloir la faire parvenir au bureau
de Strasbourg.
Mai 1998,
Traduction française: Richard Fischer
Notes
-
Voici les commentaires de membres de l'EECCS dont le Groupe de Travail a connaissance:
en mai 1997, l'Eglise d'Ecosse a adopté une déclaration sur cette question
en juin 1997, la Fédération Protestante de France a adopté une déclaration sur le clonage des animaux et des êtres
humains
en 1997, l'Eglise Protestante en Allemagne (EKD) a publié un livre sur les biotechnologies: Einverständnis mit der
Schöpfung, Gütersloher Verlagshaus, qui comprend une discussion du problème du clonage.
-
Fin 1997 le Conseil de l'Europe a adopté le Protocole additionnel à la Convention pour la Protection des Droits de
l'Homme et de la Dignité de l'Etre humain à l'égard des Applications de la Biologie et de la Médecine, portant interdiction
du clonage d'êtres humains. Le Protocole a été signé le 12 janvier 1998 à Paris par 15 Etats membres.
Membres du Groupe :
Dr Donald Bruce (scientifique), Projet Société, Religion et Technologie, Eglise d'Ecosse
Dr Elisabeth Bücking (biologiste) Forum œcuménique européen des femmes chrétiennes
Prof Jean-François Collange (théologien) Fédération protestante de France
Dr Gunnar Heiene (théologien) Conseil œcuménique nordique
Prof Dr Jürgen Hübner (théologien) EKD Eglise protestante d'Allemagne
Dr Mireille Jemelin (biologiste) Fédération des Eglises protestantes de la Suisse
Rev. Neil Messer (biologiste et théologien) Conseil des Eglises pour la Grande-Bretagne et l'Irlande
>Prof Anna Rollier (généticienne) Fédération protestante d'Italie
Prof Egbert Schroten (théologien) Conseil des Eglises des Pays-Bas, modérateur du groupe
Personnel de l'EECCS:
M. Keith Jenkins, Secrétaire Général
Pasteur Richard Fischer, Secrétaire Exécutif
Documents rédigés par le Groupe de Travail:
Sur le brevetage des inventions biotechnologiques:
-
Critique of the Draft EC Patenting Directive, 8.10.1996 [Critique du projet de Directive sur le
Brevetage de la CE] - n'existe qu'en anglais
Clarification of the submission on the Draft EC Patenting Directive, 5.11.1996 [Clarification du
document sur le projet de Directive sur le Brevetage de la CE] - n'existe qu'en anglais
Présentation au Parlement Européen de la «position commune » sur le Projet de Directive sur le
Brevetage des Inventions biotechnologiques, 28.3.1997 - n'existe qu'en anglais
Résumé de la position du Groupe de Travail pour une conférence de presse à Bruxelles le 4.5.1998 -
n'existe qu'en anglais
Sur la biomédecine:
- La Procréation médicalement assistée et la Protection de l'Embryon humain, présenté à un symposium
du Conseil de l'Europe, décembre 1996 - en français ou anglais
Sur le clonage:
- An ethical view on cloning animals and humans, mai 1998
- Das Klonen von Tieren und Menschen aus ethischer Sicht, mai 1998
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