CONFERENCE OF EUROPEAN CHURCHES
CONFERENCE DES EGLISES EUROPEENNES
KONFERENZ EUROPAEISCHER KIRCHEN


Feuillet d’Information n°3

Mars 2002

PREMIERES REACTIONS A LA DECLARATION DE LAEKEN

Le temps a fait défaut depuis le Sommet de Laeken pour élaborer une critique détaillée du document. A ce stade nous pouvons cependant émettre quelques commentaires préliminaires. Le premier est que l’idée de la Convention a recueilli le soutien du Comité Exécutif de la Commission Eglise et Société de la KEK en 2001, qui se réjouit donc de sa création et de sa mise en oeuvre.

Un second commentaire porte sur le fait que la déclaration utilise le terme "Europe" quand elle fait manifestement référence à l’Union européenne sous sa forme actuelle et telle qu’elle sera lorsque les pays candidats en feront partie. C’est ignorer le fait qu’un bon nombre de pays resteront en dehors de l’Union. Ce point peut paraître trivial et technique, mais un organisme comme la KEK ayant une vocation pan-européenne, se doit d’insister sur le fait qu’aucune partie de l’Europe ne peut s’approprier le terme "Europe" et qu’il ne faudrait pas donner l’impression que de nouvelles divisions sont acceptables. Si la Convention doit discuter de l’avenir de l’Europe, cette dimension-là doit aussi être présente, et il conviendrait de concevoir un mécanisme permettant de consulter les pays qui font partie de l’Europe sans pour autant être candidats à l’adhésion à l’Union européenne.

Les trois commentaires qui suivent reflètent la complexité du processus politique qui a abouti à la déclaration, les divers Etats membres souhaitant exprimer leur conception particulière de l’avenir. La déclaration fait bien allusion à l’une ou l’autre orientation possible, mais elle ne s’engage dans aucune en particulier. Un partisan d’une fédération des Etats Unis d’Europe trouvera dans la déclaration des encouragements dans ce sens, mais il sera de même pour un partisan de la primauté de l’Etat-nation.

Par conséquent, un troisième commentaire consiste à dire que le document ne développe pas de vision particulière de l’Europe ni de l’Union européenne. Cela n’est pas vraiment surprenant compte tenu du nombre de conceptions de l’Union européenne actuellement débattues, allant d’une association relativement libre d’Etats souverains indépendants avec un partage limité de souveraineté, jusqu’à une fédération à part entière disposant d’une constitution en bonne et dûe forme, et bien d’autres variantes entre ces deux extrêmes. Néanmoins, la fin de la première partie de la déclaration prétend décrire ce que les citoyens attendent de l’Union européenne, et ce préalablement au débat public:

En résumé, le citoyen demande une approche communautaire claire, transparente, efficace et menée de façon démocratique. Une approche qui fasse de l’Europe un phare pour l’avenir du monde; une approche qui donne des résultats concrets se traduisant par plus d’emplois, une meilleure qualité de vie, moins de criminalité, une éducation de qualité et de meilleurs soins de santé. Il ne fait pas de doute que l’Europe doive à cette fin se ressourcer et se réformer.

Cette affirmation, en particulier ce qu’implique une "approche communautaire", demande à être vérifiée lors du débat public.

Un quatrième commentaire prend une orientation légèrement différente. La partie du texte portant sur les responsabilités globales de l’Europe plaide en faveur d’une approche morale des questions globales:

Maintenant que la guerre froide est terminée et que nous vivons aujourd’hui dans un monde à la fois mondialisé et éclaté, le moment est venu pour l’Europe de prendre ses responsabilités dans la gouvernance de la globalisation. Le rôle qu’elle doit jouer est celui d’une puissance qui part résolument en guerre contre toute violence, toute terreur, tout fanatisme, mais qui ne ferme pas les yeux sur les injustices criantes qui existent dans le monde. En résumé, une puissance qui veut faire évoluer les rapports dans le monde de sorte qu’ils produisent des avantages pas uniquement pour les pays riches, mais aussi pour les plus pauvres. Une puissance qui veut encadrer la mondialisation selon les principes de l’éthique, c’est-à-dire l’ancrer dans la solidarité et le développement durable.

Des phrases de ce genre pourraient recueillir une adhésion vibrante de la part des églises. Les résultats de la Convention et de la Conférence intergouvernementale qui s’ensuivra seront-ils à la hauteur de ces bons sentiments? Permettront-ils à l’Union européenne du futur d’oeuvrer dans cette direction qui semble indiquer que l’économie et les forces du marché ne constitueront pas les seuls facteurs déterminants pour ses politiques et ses actions?

Un cinquième commentaire qui vient immédiatement à l’esprit est que, alors que le terme "valeurs" est mentionné à plusieurs reprises dans la déclaration, il est manifestement implicite dans le passage de la Déclaration de Laeken cité au paragraphe précédent. Cependant, il n’apparaît pas encore clairement si l’Union européenne doit être une communauté de valeurs ou bien un instrument fonctionnel servant à traiter les questions de politique économique, monétaire, extérieure, de défense etc., sur lesquelles les Etats membres acceptent de collaborer. On peut s’attendre à ce que les églises et organisations religieuses s’expriment fortement en faveur de l’idée d’une communauté de valeurs – à condition qu’il s’agisse de valeurs auxquelles elles peuvent souscrire.

Ces premières réactions donnent également un aperçu du contenu de la lettre adressée par le Directeur de la Commission Eglise et Société à la Présidence belge préalablement au Sommet de Laeken (Document II).