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Consilium Conferentiarum Episcoporum Europae (CCEE) |
Deuxième Rassemblement oecuménique Européen (ROE2)
Graz (Autriche) 23 - 29 juin 1997
DOCUMENT FINAL 2
(traduction de l'anglais)
TEXTE DE BASE
L'ENGAGEMENT CHRÉTIEN POUR LA RÉCONCILIATION :
RÉCONCILIATION - DON DE DIEU ET SOURCE DE VIE NOUVELLE
Deuxième Rassemblement Ścuménique Européen à Graz:
Une fête de la communion
(Al) Venant de toutes les Églises chrétiennes d'Europe et de toutes les régions de notre
continent, nous, les 700 délégué(e)s, nous nous sommes rassemblés à Graz. Nous avons eu la
chance d'avoir parmi nous des invités d'autres religions et continents, ainsi que plusieurs
milliers de participant(e)s. «Réconciliation - don de Dieu et source de vie nouvelle», tel est le
thème qui nous a réunis pour ce deuxième Rassemblement cuménique européen. Malgré
l'existence parmi nous de divergences ecclésiologiques notoires qui ont provoqué des
scissions à l'intérieur du monde chrétien, nous savons que Jésus-Christ nous unit dans notre
souffrance commune face au scandale de la division, et dans la poursuite commune de la
réconciliation. Dans cet esprit, nous proposons ici un certain nombre d'observations et de
suggestions en vue d'une compréhension plus globale du besoin de réconciliation. Pourtant,
nous n'entendons nullement par là négliger l'importance de surmonter les différences
ecclésiologiques subsistantes, dont nous demeurons vivement conscients. Cela est
indispensable pour parvenir à une meilleure coopération entre les Eglises d'Europe qui
s'efforcent de faire face aux graves problèmes spirituels et sociaux de notre temps.
(A2) Que peut signifier la "réconciliation" en Europe, si l'on considère les nombreuses
personnes qui parmi nous souffrent encore des conséquences de deux terribles guerres
mondiales, et des guerres impitoyables qui, depuis la chute du Mur de Berlin, ont meurtri
notre continent ? Au nom de quelle autorité osons-nous, en tant que chrétiens, parler de
réconciliation en cette fin de millénaire, alors que celui-ci a commencé par la rupture entre les
Églises d'Occident et d'Orient ? La réponse à ces questions se trouve dans une confession de
foi commune et renouvelée, et dans l'espérance en Dieu "par notre Seigneur Jésus-Christ, par
qui nous avons reçu la réconciliation" (Rm. 5, 11). Mais avant de rendre compte à nos Églises
et communautés de notre recherche du don de la réconciliation et des formes d'une vie
réconciliée, nous voulons dire combien ce Rassemblement à Graz nous a apporté de joie. Qui
aurait osé espérer, il y a huit ans, lors du premier Rassemblement cuménique européen à
Bâle, que nous nous retrouverions dans une Europe si profondément transformée ? Nous nous
réjouissons du don de la liberté et de la libre circulation retrouvées; nous saluons les
nouvelles possibilités de nous comprendre mutuellement, de nous aider les uns les autres et
de vivre ensemble. Ces jours nous ont remplis de joie, d'autant plus qu'en tant que Peuple de
Dieu, nous entamons un pèlerinage dans notre ardent désir d'unité.
La richesse de nos cultures et de nos traditions
(A3) Nous nous réjouissons de la richesse que constituent nos différentes cultures et
traditions. Peu à peu nous recouvrons une conscience plus vive de l'étendue et de la diversité
de ce continent, bien que nous nous débattions toujours dans les conséquences de la
confrontation Est-Ouest qui a dominé l'Europe pendant quatre décennies. Nous étions
devenus étrangers les uns aux autres. Mais dans cette ville de Graz sympathique et
accueillante, nous avons vécu une fête de la communion et gagné de nouveaux amis. Avant
tout, nous avons ressenti entre nous la profondeur du lien de notre foi.
La communion en dépit de contradictions majeures
(A4) Nous ne souhaitons pas négliger les contrastes et les contradictions sous-jacentes à la
diversité qui caractérise notre continent. A Bâle en l989, nombreux étaient ceux qui ne
prévoyaient pas les bouleversements énormes qui se préparaient. En Europe centrale et
orientale, les conditions sociales et économiques d'une grande part de la population ont subi
des changements radicaux. Quoiqu'il y ait des variations considérables d'une région à l'autre,
une tendance générale vers une plus grande liberté et de plus larges perspectives semble se
dégager. Dans nombre de pays autrefois socialistes, des problèmes sont apparus, dus au fait
que la tradition juridique et les institutions se sont développées lentement et n'étaient pas
prêtes à se renouveler. Néanmoins, les changements qui ont commencé bien avant 1989
représentent un défi pour toutes les sociétés européennes, plus ou moins grand selon chacune,
celui d'accéder à une nouvelle compréhension d'elles-mêmes et de redéfinir leurs relations
entre elles.
(A5) La joie que nous avons éprouvée ici à Graz pour le Deuxième Rassemblement
cuménique européen a renforcé notre conviction que l'Europe doit être un continent ouvert.
Que ce soit pour des raisons géographiques, historiques, religieuses ou culturelles, il a
toujours été clair que l'Europe est inimaginable sans les autres continents. La diversité de
l'Europe est fondée sur son ouverture qui est à la fois sa force et sa vulnérabilité. C'est
pourquoi la paix est d'autant plus urgente.
De la joie à la reconnaissance: la réconciliation - don du Dieu miséricordieux
(A6) La joie de la communion qui nous est donnée ouvre nos curs à la gratitude envers
Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, Créateur du Monde et Seigneur de l'histoire. Nous
ne pouvons parler de réconciliation que pour autant que nous l'avons reçue dans la vie de nos
Eglises comme le don du Dieu à qui la Bible rend témoignage comme étant «miséricordieux
et bienveillant» (cf. Ex. 34,6; Ps. 103,8; 145,8; 122,4; Jl. 2,13; Jon. 4,2; Lc 1,50; 2 Cor. 1,3).
L'Ecriture sainte parle aussi de la colère et de la jalousie de Dieu, mais elle le fait toujours sur
le fond de la miséricorde et de l'amour divins. Sur ce point, juifs, chrétiens et musulmans sont
d'accord. Nous y reconnaissons une profonde parenté qui offre une base d'action commune,
au sortir de la longue et amère histoire de persécutions et de guerres de religions, qui l'a
occultée.
La création subsiste par l'amour de Dieu
(A7) «Nous avons été aimés dès avant le début du monde» dit la mystique anglaise Julienne
de Norwich (14e siècle). Elle témoigne par là que l'origine de la création se trouve dans
l'amour de Dieu. Cet amour soutient et maintient à chaque instant la vie du monde. Dans le
livre des Lamentations, nous lisons: «Les bontés du Seigneur ! Elles ne sont pas finies ! Ses
tendresses ne sont pas achevées ! Elles sont neuves tous les matins. Grande est sa fidélité !»
(Lm. 3, 22-23). Le Siracide dit: «Le Seigneur a pitié de toute créature» (Si. 18,13). Ces
réflexions montrent que l'amour de Dieu embrasse tout l'univers. A la lumière de la bonté
inébranlable de Dieu, nous reconnaissons avec gratitude la dignité et la beauté du monde, tout
en sachant aussi combien la souffrance et la vanité l'imprègnent.
Jésus-Christ est l'amour de Dieu en personne
(A8) Nous rendons grâce à Dieu car en Jésus-Christ une image lumineuse de son amour nous
est donnée. Dans un acte d'abandon de lui-même, le Fils de Dieu s'incarne et devient
obéissant jusqu'à la mort, et même la mort sur la croix (cf. Ph. 2,5-11). Sa résurrection
annonce l'accomplissement de toutes choses. Paul déclare : «C'était Dieu qui en Christ
réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des humains, et
mettant en nous la parole de la réconciliation» (2 Cor. 5,19). Selon le témoignage de l'Apôtre,
Dieu commence une nouvelle création en ressuscitant Christ d'entre les morts. Nous sommes
appelés à briser le cycle de la violence dont la conséquence se traduit par une culpabilité et un
châtiment continuels, une colère et une vengeance constantes. Nous pouvons et devons sortir
des liens de culpabilité et des relations rompues, pour accéder à la paix de Dieu. Nous
chrétiens avons été à plusieurs reprises d'indignes messagers de la réconciliation. Souvent nos
vies et nos actes ne sont ni réconciliés, ni fondés sur la miséricorde de Dieu qui nous a été
révélée en Jésus-Christ. C'est pourquoi, à Graz, nous voulons écouter l'appel de l'Apôtre:
«Laissez-vous réconcilier avec Dieu» (2 Cor. 5, 20).
L 'Esprit de Dieu agit parmi nous comme force de réconciliation
(A9) Nous rendons grâce à Dieu parce que la nouveauté de la réconciliation est à l'uvre
dans le monde. C'est le don du Saint-Esprit, conféré à la Pentecôte, dans lequel nous faisons
l'expérience de la présence permanente, dans l'histoire, du Christ Ressuscité (Mt. 18, 20; 28,
20). Nous appelons l'Esprit "saint", non seulement parce qu'il vient de Dieu, mais parce qu'il
a le pouvoir de sanctifier notre vie c'est-à-dire de la transformer de fond en comble et de créer
de nouvelles relations. C'est ce que signifie le mot grec pour réconciliation, «katallagé»
(littéralement , transformation totale, nouvelle création, 2 Cor. 5, 17). Bien que nous portions
toujours des traces de notre manque de réconciliation, nous croyons que cette énergie de
réconciliation est toujours à l'uvre parmi nous aujourd'hui. Elle se manifeste déjà dans
notre désir de réconciliation (cf. Rm. 8,26s.) et nous prépare à laisser transformer nos pensées
et nos actes.
La Trinité - le mouvement de l'amour universel
(A10) En témoignant du mystère de l'amour de Dieu, les chrétiens professent leur foi en Dieu
le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ils expriment ainsi l'expérience de la révélation de l'amour
du Père dans la personne de Jésus, qui accepte de donner sa vie pour nous. Par la mort et la
résurrection de Jésus, nous recevons le don du Saint-Esprit qui nous fait participer à l'amour
dynamique de la Sainte Trinité. Ce mouvement de l'amour de Dieu, qui est unique et englobe
tout, enveloppe la création tout entière. Il est capable de pénétrer et de transformer le coeur de
chaque personne, nous révélant l'origine, le modèle et le but de notre existence selon la prière
de Jésus à son Père : «comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous
eux aussi» (Jn. 17,21).
La bonté de Dieu nous conduit à la repentance
(A11) A la lumière de la miséricorde de Dieu nous prenons conscience à la fois de nos péchés
individuels et collectifs. Nous entendons la question de l'Apôtre Paul: «Méprises-tu la
richesse de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, sans reconnaître que cette bonté te
pousse à la conversion ?» (Rm. 9,4). Nous lisons la parabole de Jésus sur le méchant serviteur
qui pour cent pièces d'argent fait jeter son compagnon de service en prison, alors que le roi
lui avait remis une dette de dix mille talents, ce qui représente près de 50 millions de deniers
(cf. Mt. 18,23-35). Incapables de mesurer l'immensité de la bonté de Dieu, nous sentons
combien nous en sommes indignes. Notre gratitude pour la générosité et la patience de Dieu
nous conduit à avouer ouvertement notre dette, notre culpabilité et nos échecs.
(A12) Nous sommes conscients du fait que la culpabilité et la souffrance se trouvent répartis
entre nous de manière très inégale. C'est pourquoi nous ne voulons pas nous engager dans
une auto-humiliation généralisée. Nous avons toutes les raisons d'être reconnaissants pour
toutes les femmes et tous les hommes, du passé et du présent, qui ont été des ambassadeurs
obéissants et fidèles de la réconciliation de Dieu, souvent au point de sacrifier leur vie pour le
Christ. Mais alors que nous venons à Dieu remplis de gratitude pour sa bonté sans mesure,
nous prenons conscience de notre commune condition de pécheurs et de nos vies brisées
devant Dieu («coram Deo»). De même que le Rassemblement de Bâle a adopté une confession
détaillée de péchés et a insisté sur le besoin de se tourner vers Dieu (metanoia, cf. §§ 41ss.),
nous sommes conviés ici à Graz à confronter nos manquements et nos échecs à la lumière de
l'appel à la réconciliation que Dieu nous adresse. Si nous acceptons de nommer nos fautes et
nos omissions et que nous parvenons à avouer la peine provoquée par les injustices subies,
c'est alors seulement que nous pouvons espérer nous affranchir de ces fardeaux et trouver de
nouvelles voies vers l'avenir. La réconciliation qui vient de Dieu, nous conduit par la porte
étroite de la repentance vers les grandes étendues de la vie réconciliée.
(A13) Si, ici à Graz, nous parlons du péché dans le contexte de la réconciliation, ce n'est pas
pour viser seulement, voire en premier lieu, le comportement erroné de groupes ou
d'individus. Nous désirons plutôt aborder les dimensions du mal qui sont profondément
ancrées dans nos mémoires de communautés chrétiennes en Europe et qui nous poursuivent
jusqu'à ce jour.
Les divisions entre les Églises
(A14) Nous confessons ensemble devant Dieu que nous avons obscurci l'unité pour laquelle Christ a prié (cf. Jn. 17,90s). Nous avons offert au monde le spectacle navrant d'un monde chrétien déchiré par ses divisions. Il s'agit là des conséquences fatidiques du fait que, au cours de l'histoire, nous avons tiré des conclusions différentes pour la vie de nos Eglises. Ceci a souvent mené à des accusations réciproques, des condamnations et des persécutions. Ainsi, la crédibilité de notre témoignage chrétien commun a été affaiblie.
Chrétiens et juifs
(A15) Nous avons une longue histoire de culpabilité envers le peuple juif. Bien que Jésus soit issu du peuple juif selon la chair, et bien que notre foi soit inconcevable sans la foi du Peuple de l'Alliance, notre culture est marquée jusqu'à ce jour par des traces d'antisémitisme. Au cours des siècles, les juifs ont été persécutés dans de nombreuses parties de l'Europe «chrétienne». Des chrétiennes et des chrétiens ont contribué à cela, parce qu'il n'ont pas compris, ou même nié, que Dieu reste fidèle à ses promesses. Nous en trouvons des exemples dès le début de l'ère chrétienne, qui se reproduisent dans les persécutions du Moyen-Age. En particulier dans notre siècle, l'Europe a été le témoin de l'abominable tragédie de la Shoah. Nous nous souvenons avec gratitude de ceux qui parmi les chrétiens, et au prix de leur propre vie, ont sauvé des juifs de la mort. Malgré cela, l'antisémitisme renaît sans cesse de ses cendres.
Hommes et femmes
(A16) Nous confessons devant Dieu qu'une attitude indigne envers les femmes subsiste encore dans nos Eglises et dans nos sociétés. Dieu a créé l'homme et la femme à son image. Jésus-Christ, Dieu incarné, considérait l'homme et la femme comme des égaux, et soulignait non pas leurs différences, mais leur unité, ainsi que l'exprime l'épître aux Galates 3,28. Cependant, de manière implicite persiste l'opinion, parfois justifiée par des références aux Écritures et à la tradition, que la femme est par rapport à l'homme une image moins complète de Dieu. Par conséquent, son être tout entier, comme aussi son rôle, serait de moindre valeur et mériterait un moindre respect. Aussi les femmes ont-elles été subordonnées aux hommes dans la famille, l'Eglise et la société. Ceci se reflète par le fait que, pour le moment, il ne s'y trouve pas l'espace suffisant pour que les femmes puissent exprimer la richesse de leurs charismes et de leur vocations dans les divers ministères (1 Cor. 12,4-13) et les organes de décisions de nos Églises. La violence physique des hommes envers les femmes s'étend de la discrimination systématique aux niveaux économique et politique aux formes quotidiennes d'oppression domestique. Si nous devons prendre au sérieux le sens du baptême comme incorporation de tous les chrétiens baptisés dans le corps du Christ, tout acte de violence à l'encontre de la femme, comme envers chaque être humain, doit être considéré comme une blessure infligée au corps du Christ.
Rupture entre les générations.
(A17) Nous confessons que, en tant que chrétiens et en tant qu'Églises, nous avons contribué à la rupture entre les générations. L'Église, tout comme la société, est la préoccupation commune de toutes les générations: les enfants, les jeunes, les adultes et les personnes âgées. Pourtant, le processus de décision et les structures sont limités aux membres de quelques générations, bien que les décisions les concernent toutes. Cela contredit l'image dynamique de l'Église comme Peuple de Dieu en marche, au sein duquel tous les baptisés partagent, selon leurs charismes, la responsabilité commune. Les Églises en subissent par conséquent une perte de leur crédibilité auprès des jeunes générations.
Complexe de supériorité des peuples européens
(A18) Beaucoup de nos Églises ont contribué au développement du sentiment de supériorité européenne qui a permis de justifier la domination de l'Europe sur d'autres peuples de la terre. Nos Églises ont souvent manqué de clairvoyance et de force pour endiguer la destruction de cultures étrangères, éviter les génocides ou combattre le trafic des esclaves. Nous avons souvent bâti des empires et établi des structures de pouvoir que nous avons cherché à légitimer à partir de la religion. Jusqu'à nos jours, cette forme de supériorité européenne trouve son expression quand nous nous arrogeons le droit de nous approprier les richesses et les marchés d'autres continents, tout en ignorant leurs problèmes les plus aigus et en refoulant les victimes qui en pâtissent. Par cette attitude, nous trahissons l'amour de Dieu, un amour sans discrimination de race, de religion et de culture. Pour cette raison nous ne pouvons rester des observateurs silencieux. Alors même que nous sommes rassemblés ici, des milliers de chrétiens subissent la persécution et les épreuves dans de nombreuses parties du monde. Nous ne pouvons demeurer indifférents au fait que les gouvernements européens continuent à maintenir des relations économiques et politiques avec des pays dans lesquels des chrétiens souffrent.
Abus de la création
(A19) Nous n'avons pas mis en pratique le commandement divin de traiter la
création tout entière avec respect et de travailler à garantir son intégrité. Nous avons
interprété abusivement l'exhortation biblique de "soumettre et de dominer" comme
nous donnant licence d'exploiter consciemment et de manière égoïste les richesses
de la création, alors qu'il s'agit en fait d'un appel à en être les intendants. Jusqu'à ce
jour, et malgré notre connaissance du problème, nous nous obstinons à vivre selon
nos schémas habituels et le confort apporté par la consommation.
La repentance ne dissimule pas les différences parmi nous
(A20) Au miroir de la bonté de Dieu, nous reconnaissons non seulement notre dette commune
envers Dieu et notre besoin de son pardon, mais aussi la dette que nous ne cessons d'avoir les
uns envers les autres et envers le monde. Cette prise de conscience plus fine nous amène dès
lors aussi à mieux distinguer entre nous la part de faute et de souffrance qui revient à chacun.
Les femmes ont eu à souffrir et souffrent encore davantage que les hommes. Les enfants ont
souffert plus que les adultes. De petits peuples furent et sont encore livrés sans défense à
l'agressivité de peuples plus puissants, souvent sans protection aucune. Le droit des minorités
fut et est toujours piétiné. Cela vaut, par exemple, pour les Sinti, Roma et autres Tziganes,
dont, partout en Europe, l'histoire amère, faite de mépris et de persécutions, est une réalité
honteuse. Cela vaut aussi pour celles et ceux qui, originaires d'Afrique, d'Asie et des
Caraïbes, sont toujours à nouveau victimes de racisme et de xénophobie. Nous ne nions pas
les profondes différences entre auteurs et victimes. Nous ne disons pas que nous sommes tous
pareillement fautifs ou que notre souffrance est identique. Aussi notre souci, à nous qui
venons des pays de l'Europe occidentale, est-il de concéder sans ambages que, des années
durant, beaucoup d'entre nous ont ignoré les souffrances de chrétiennes et de chrétiens,
obligés de vivre dans des pays sous domination communiste. Nous ne parlons pas d'oubli. Il
s'agit de plus que du seul respect de notre mémoire. Nous comprenons la réconciliation entre
nous comme la tentative toujours renouvelée d'extraire de nos mémoires le poison de
l'amertume et du refoulement, et de les conduire ainsi à la guérison.
La réconciliation ne se substitue pas à la justice et à la vérité
(A21) Nous confirmons expressément que la recherche de la justice et de la vérité n'est pas
abrogée par le message de la réconciliation. Malheureusement, le terme de «réconciliation» est
devenu pour beaucoup une notion bon marché parce qu'il a souvent été utilisé pour minimiser
la faute et pour couvrir du manteau de la tolérance des événements qui auraient exigé une
mise en évidence critique. Celle ou celui qui est victime d'une injustice doit pouvoir faire
confiance à un Etat de droit, représenté par des juges intègres et garantissant une justice
équitable, pour que sa dignité soit restaurée et que le dommage subi soit compensé. Qui
transgresse le droit doit s'attendre à être châtié. L'auteur d'un méfait ne saurait prétendre
bénéficier de la réconciliation, pas plus qu'on ne saurait attendre de la victime d'un préjudice
d'être encline à pardonner automatiquement.
La grâce transcende la justice
(A22) Nous affirmons fermement toutefois que les lois établies et observées par les êtres
humains doivent être soutenues par la compassion de Dieu. C'est la seule façon de contrer le
danger de voir se transformer le droit en instrument de lutte pour le pouvoir ou la défense
d'intérêts égoïstes. La réconciliation de Dieu dépasse toute forme d'expiation, de réparation
ou de réajustement que nos systèmes légaux peuvent offrir, car elle est à même de guérir nos
vies blessées et de rétablir notre dignité bafouée. Une fois touchés par la force de cette
réconciliation, nous pouvons renoncer à comptabiliser et à comparer nos préjudices, comme
nous pouvons cesser de nier et de refouler nos fautes. Graciés sans mesure ni limite par Dieu,
nous saisissons combien la grâce excède le droit.
A l'école de la miséricorde
(A23) «Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux» est-il dit chez Luc (6,36).
Un des nombreux témoins, souvent inconnus, de ce message fut Isaac le Syrien (7e siècle). Il
comparait notre vie de chrétien à une «école de la miséricorde». Il était pénétré par la
conviction que le Saint-Esprit du Dieu miséricordieux voulait créer en nous un «cur
compatissant». «Qu'est-ce qu'un cur compatissant? C'est un cur qui se consume pour le
monde entier, pour l'humanité, les oiseaux, les animaux, les démons et pour toute créature.
Par sa grande compassion son cur devient tout humble et il ne supporte pas de voir ou
d'entendre la moindre atteinte, la moindre peine faite à la création» (Homélie 71). Nous
découvrons dans ces paroles une spiritualité de la «compassion» pour la création de Dieu, qui
n'est pas sans évoquer de nombreux mouvements de réforme chrétiens, dont celui,
notamment, de saint François d'Assise. Cette compassion est bien davantage que la sympathie
ou la pitié. Elle se fonde sur la connaissance approfondie de la souffrance des victimes. Elle
cherche en conséquence les voies et moyens pour rétablir dans leur intégrité ceux qui ont été
humiliés, et elle invite les coupables à renoncer à leur prétention au pouvoir. Redresser,
rectifier, libérer, renoncer font partie intégrante de la pratique de la réconciliation. Elle se
trouve pleinement exprimée dans le commandement de Jésus: «Comme je vous ai aimés,
aimez -vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous
avez de l'amour les uns pour les autres» (Jn. 13: 34, 35). Vivre cet amour dans la compassion
et la réciprocité est à la fois nécessaire et possible.
Le courant d 'amour entre générations
(A24) L'«école de la miséricorde» existe aussi de nos jours et en bien des lieux. Elle trouve sa
première expression dans la famille. Nombre de femmes et d'hommes, de grands-parents, de
parents et d'enfants, de proches et d'amis en donnent la preuve chaque jour au travers de la
pratique d'une compassion silencieuse. Un courant d'amour passe d'une génération à l'autre.
Il se manifeste sans grands discours, quand des différends sont aplanis, quand on répond au
mal par le bien, quand des adversaires cherchent à gagner leurs opposants par la douceur et
l'amour (cf. Mt. 5,44). Vu l'ampleur des conflits entre générations et l'étendue de la violence
qu'ils connaissent, nous insistons sur l'importance de la réconciliation entre sexes et entre
générations. La dignité des personnes âgées et celle des jeunes, la protection des faibles et la
sauvegarde du droit à la vie des enfants, y compris de ceux qui ne sont pas encore nés, sont la
mesure avec laquelle on jugera de l'humanité de nos sociétés. C'est un grand défi pour les
Eglises que d'affirmer la dignité et sainteté de la vie.
Réconciliés pour être des compagnons de la joie
(A25) A l'«école de la miséricorde», le travail pour la communion visible (koinonia) des
Églises est pour ainsi dire une discipline principale. L'apôtre exhorte les chrétiens d'Éphèse
en ces termes: «...supportez-vous les uns les autres dans l'amour : appliquez-vous à garder
l'unité de l'esprit par le lien de la paix» (Ép. 4.2). Nous avons toutes les raisons de rendre
grâce pour les voies qui nous ont rapprochés les uns des autres. Nous nous référons, par
exemple, à la déclaration de la 5e Rencontre cuménique entre la KEK et le CCEE
(Saint-Jacques de Compostelle, 1991), aux accords de Leuenberg, de Meissen et de Porvoo.
Dans le même temps, nous devons constater qu'il existe de nouvelles difficultés et des
situations complexes qui nous poussent à imaginer de nouvelles initiatives. Comme les
générations qui nous ont précédés, nous sommes appelés à rechercher l'unité visible voulue
par le Christ. Nous devons au monde de préserver la parole de la réconciliation en nous et au
sein de nos Eglises. C'est d'abord reconnaître honnêtement ce qui nous sépare encore, pour
surmonter les préjugés et la méfiance. C'est également faire ensemble tout ce que nous
pouvons en conscience faire ensemble. Ce qui est bien plus que nous ne le supposons
communément. Les femmes ont fait preuve d'un don spécial pour développer une spiritualité
de partage, de médiation et de célébration. L'apôtre Paul a écrit : « Ce n'est pas que nous
régentions votre foi, mais nous coopérons à votre joie, car pour la foi, vous tenez bon» (2 Cor.
1, 24). Cela inclut la prière et l'intercession, le partage de ministères dans nos quartiers et nos
villes, des projets communs de formation et de diaconie, et des programmes communs de
mission. Nous considérons aussi qu'il est important que les Eglises majoritaires respectent et
soutiennent, dans leurs pays respectifs, les préoccupations des Eglises minoritaires.
Un partenariat réconcilié et le dialogue avec les autres religions et cultures
(A26) Nous nous efforçons de prendre à cur que Dieu «...n'est pas loin de chacun de nous»,
comme l'apôtre Paul en assure les Athéniens (Ac. 17,27). La fidélité à notre foi devrait aller
de pair avec le respect des convictions d'autres croyants. Il est urgent pour les Eglises de
réfléchir à la relation entre l'Evangile et la Culture. Il est aussi important de repenser nos
pratiques missionnaires. La gravité de cette attitude nous devient évidente au souvenir des
guerres de religion, qui ont tracé un sillon ensanglanté au long de l'histoire de notre continent.
Jusqu'à aujourd'hui, les oppositions religieuses peuvent être récupérées pour soutenir les
conflits politiques. Aussi la responsabilité échoit à nos Églises de s'engager activement et
avec détermination en faveur de l'éradication des stéréotypes hostiles et de la création de
réseaux d'alliances viables. Nous ne pouvons admettre l'abus des convictions religieuses pour
justifier des conflits armés. Cela implique aussi un engagement de notre part pour évacuer les
malentendus et les rivalités à propos des autres religions. Contre tous les tenants d'une
«confrontation des civilisations», nous voulons promouvoir la tolérance et la coopération. Une
tâche particulièrement urgente nous revient vis-à-vis de l'Islam, non seulement parce que
quelque trente millions de musulmans vivent aujourd'hui en Europe, mais parce que le
christianisme et l'Islam ont une longue et amère histoire de récriminations et d'hostilité, qui
doit être surmontée dans un esprit de réconciliation entre voisins. Les jeunes aussi ont un rôle
significatif à jouer dans le dialogue interreligieux et interculturel d'aujourd'hui. Le processus
de globalisation, la mobilité accrue et des moyens de communication plus efficaces ont
contribué à créer de nouvelles possibilités pour ce dialogue, en même temps qu'une nouvelle
ouverture et une plus grande tolérance à l'égard de la diversité.
La protection des faibles - l'économie sous le signe de la miséricorde
(A27) L'Europe est sans conteste un continent riche, non seulement de ressources naturelles
mais aussi par sa tradition d'initiative et de créativité humaines. Néanmoins les cohortes de
chômeurs, de bénéficiaires du revenu minimum d'insertion, le nombre de sans-logis et de
malheureux ne cessent de s'amplifier. La liberté politique et le renforcement des conditions
démocratiques de nos pays, qui ont fait depuis 1989 de si appréciables progrès, ont encore
accru la disparité des conditions économiques et sociales. Les personnes qui en pâtissent le
plus sont les personnes âgées, les familles nombreuses, les mères célibataires et les jeunes.
Les personnes atteintes de handicaps se retrouvent plus marginalisées que jamais, bien que
certains pays se soient efforcés d'améliorer leurs chances d'épanouissement. Les demandeurs
d'asile sont de plus en plus souvent déboutés dans toute l'Europe, alors que des incidents
racistes se développent un peu partout.
(A28) Au miroir de la miséricorde de Dieu, la société de concurrence fondée sur les intérêts
purement monétaires et la quête forcenée du profit paraît profondément brutale et
impitoyable. Nous prônons dans nos Églises le développement de systèmes économiques qui
visent à protéger les faibles partout sur la terre et prennent pour critère la dignité inhérente à
tous les êtres humains. Nous recherchons des formules qui encouragent les êtres humains à
développer leur créativité non seulement pour le profit, mais aussi pour la solidarité et la
solution des problèmes sociaux à travers un partenariat entre l'Etat et les initiatives
individuelles et collectives. Il est malsain et insensé de faire de l'Europe une forteresse qui
cherche à se verrouiller contre les détresses des autres continents. Le droit à la vie des
générations à venir requiert tout autant, de notre part, que nous cessions dès à présent de
reporter sur l'avenir les coûts de nos gestions inconsidérées. La réconciliation implique le
renoncement aux gains excessifs et à la consommation intempestive. Il nous appartient de
développer des critères pour les solutions sociales, économiques et politiques qui nous
permettent d'évaluer dans quelle mesure celles-ci sont en rapport avec la dignité humaine, la
justice, la liberté et la solidarité.
La réconciliation et la politique de paix
(A29) La dimension politique est un domaine important pour la réconciliation. Nous
réclamons le développement de systèmes de sécurité qui embrassent toute l'Europe et qui
empêchent l'Europe de constituer une menace pour d'autres parties du monde. Le
développement d'institutions démocratiques communes et d'une coopération politique et
économique dans toute la région Europe renforcera sa stabilité et réduira le risque de conflits.
D'autre part, quand des parties de l'Europe se trouvent dépourvues des garanties de leur
sécurité, il devient plus facile de manipuler les vieilles tensions politiques. Les institutions
européennes doivent servir d'instruments de réconciliation en vue de la création d'une Europe
sans frontières, dans laquelle on recherche la sécurité par la coopération, et non par la
dissuasion militaire. Nous reprenons à notre compte la déclaration de Bâle selon laquelle
«dans nos pays et sur notre continent, il n'existe aucune situation qui exige ou justifie le
recours à la violence» (§ 61). Nous ne nous laisserons pas ébranler dans notre conviction que
la réconciliation entre les peuples est possible, même si on a souvent abusé de la formule.
C'est pourquoi nous soutenons la promotion du développement et l'extension du service
volontaire pour la justice, la paix et l'intégrité de la création.
La réconciliation dans la gestion de la vie
(A30) Il se trouve que nous sommes la première génération dans la longue histoire de
l'humanité à pouvoir contempler la terre de l'extérieur. Nous la percevons comme la «planète
bleue», entourée d'un mince voile d'air et de gaz, perdue dans l'immensité incommensurable
de l'univers. D'autant plus grand est notre étonnement de voir cette terre abriter une diversité
aussi innombrable de créatures vivantes. Nous commençons à apprendre que cette planète est
limitée, vulnérable et petite, alors que nous étions habitués jadis à la considérer comme «un
monde sans fin». De sorte que nous nous étions octroyés la liberté d'exploiter les richesses de
la terre sans souci de sa propre dignité, sans considérer sa valeur intrinsèque et sans respecter
de limites. Nous nous rendons maintenant compte que nous sommes en train d'outrepasser les
limites de sa viabilité et de ravager l'habitation des êtres vivants, qui est aussi notre propre
demeure. La réconciliation avec la nature implique, entre autres, un engagement de notre part
pour préserver l'intégrité des conditions climatiques et des systèmes écologiques, et la
reconnaissance du besoin de prudence en ce qui concerne les manipulations dans la
composition génétique de toutes les espèces.
La réconciliation et la péréquation mondiale des richesses
(A31) L'histoire de l'Europe, comme aussi celle de nos Eglises, est de multiples manières
inextricablement liée à celle des autres continents. L'époque du colonialisme a cédé la place à
une ère nouvelle où les grandes puissances revendiquent avec insistance leur droit de
gouverner. L'Europe cependant demeure une puissance mondiale de taille, et les projets
actuels de renforcer et d'élargir l'Union européenne doivent être régis par une conscience de
responsabilité mondiale. Dans ce que nous appelons le "Village mondial", les Etats éprouvent
de plus en plus de peine à assurer à eux seuls ce qu'il faut pour ce qu'on appelle une vie
meilleure. Avec la mondialisation croissante, nous nous trouvons confrontés à un réel
danger : que les êtres humains soient soumis aux lois du marché et du commerce. En tant que
croyants, nous ne pouvons accepter que la richesse soit concentrée entre les mains d'une
minorité privilégiée. Les nouveaux horizons à l'échelle du monde appellent une
réglementation planétaire, et le commerce mondial exige un réseau mondial de solidarité. La
terre est notre demeure, précieuse, mais vulnérable. Il nous faudra veiller avec grand soin sur
notre contribution à la dette écologique et réévaluer la part de la dette financière que devront
assumer tous les peuples de la terre, parce que la remise de dette est une condition préalable.
La véritable réconciliation exige que nous nous demandions dans quelle mesure nos pratiques
de gestion, de production et de consommation sont réellement durables. Il n'y aura de juste
distribution et de sauvegarde des ressources de la terre que dans la mesure où nous nous
montrerons prêts à abandonner nos avantages injustes.
La réconciliation - assumer notre finitude
(A32) La réconciliation ne se limite pas aux impératifs éthiques. L'idée du lâcher prise et du
renoncement concerne l'essence de l'existence humaine. Sous-jacent aux tentatives de tout
acquérir, posséder, contrôler et défendre, se révèle le désir insensé de nier la proximité de la
mort ou du moins de parer aux risques de l'existence et de les maîtriser autant que possible. A
l'inverse, dès que nous assumons notre finitude, nous nous ouvrons aux possibilités qui nous
sont données en partage avec les autres êtres humains comme avec les autres créatures dans
un monde fini. En apprenant «à compter nos jours» (Ps. 90,12), nous nous rapprochons de la
mesure de l'humain et dès lors de la mesure de ce qui est viable pour toutes les créatures.
L'«école de la miséricorde» dont nous parlons ne désigne pas une enclave de contemplation,
mais un mouvement de résistance contre la tendance courante de répartir les gens en
«gagnants» et «perdants», et de mesurer leur valeur à ce critère. Nous nous savons soumis à la
finitude, mais nous osons espérer de nouveaux cieux et une nouvelle terre. L'attente du
Royaume de Dieu reste au-delà de notre horizon; elle nous aide à trouver la mesure de notre
humanité mortelle, et à combattre les multiples tentations de la toute-puissance et de
l'orgueil. Le Magnificat de la mère de Jésus nous rappelle que Dieu renverse les puissants de
leur trône et élève les humbles (cf. Lc. 1,59).
Célébrer la réconciliation
(A33) La réconciliation réclame toute une vie. Elle est pourtant plus qu'une uvre, et elle ne
saurait être coercitive. Elle demeure une source d'énergie en Dieu, qui nous atteint et nous
soutient. Aussi nombre de nos Églises comprennent-elles la repentance et la réconciliation
comme un sacrement, comme une dimension du tréfonds de notre existence, que nous
perdons facilement de vue dans l'agitation du quotidien. Cette dimension sacramentelle a été
exprimée de différentes manières dans nos Eglises, mais il est important de mesurer tout ce
que nous avons en commun. Nous maintenons que le dimanche est plus qu'un jour férié, et
nous nous efforçons de le sanctifier par la célébration du culte. Nous témoignons ainsi que,
nous, humains, ne sommes pas maîtres du temps, mais que nous devons reconnaître notre
place dans le temps. Chaque baptême manifeste la dignité unique de tout être humain. Dans
l'eau du baptême, nous reconnaissons la présence de l'Esprit qui est la source de toute vie et
nous incorpore au corps du Christ. Dans l'Eucharistie, ce que nous célébrons
fondamentalement, c'est notre participation à l'uvre du Réconciliateur, qui a donné sa vie,
afin que nous soyons rétablis dans notre intégrité et guéris dans nos plaies (cf. Es. 53,5). Il
nous rassemble et nous aide à rechercher les prochaines étapes à parcourir sur notre route
commune.
Un Jubilé dans l'esprit de la réconciliation
(A34) Les défis et les exigences qu'affronte la famille des chrétiens d'Europe prennent tout
leur relief à la lumière de la célébration du millénaire de la naissance du Christ, notre
Seigneur et Sauveur. Cette «année de la faveur du Seigneur» représente un moment crucial de
notre histoire, dans lequel nous sommes renouvelés dans l'onction de l'Esprit qui fait de nous
des disciples du Christ. C'est l'Esprit qui nous envoie proclamer la Bonne Nouvelle. Notre foi
chrétienne nous obliger à lutter pour la liberté et la dignité de tous les peuples. Dans notre
faim de justice, nous élevons la voix au nom des pauvres, en particulier pour les pays dont
l'avenir même se trouve menacé par la dette internationale qui les paralyse, et par la cupidité
de notre exploitation de leurs ressources non renouvelables. C'est l'Esprit qui nous appelle à
la conversion et au renouveau, comme des personnes réconciliées avec Dieu, et les unes avec
les autres. L'Esprit nous presse de travailler et de prier sans cesse pour éliminer les divisions
tragiques qui ont tant meurtri le corps du Christ. C'est l'Esprit qui nous mène au troisième
millénaire, et qui nous rappelle la promesse de Jésus d'être toujours avec nous. L'Esprit nous
remplit de confiance, de courage, et de la conscience du message et du ministère de la
réconciliation qui nous ont été confiés.
(A35) Nous avons vécu une célébration de la réconciliation au cours de ces journées dans la
prière et dans l'écoute de la parole de Dieu. Nous avons éprouvé par là même le don de Dieu
qui nous rapproche les uns aux autres, et nous permet de discerner les prochaines étapes à
franchir sur notre route. Nous nous sommes rappelés des merveilles de l'amour de Dieu et de
notre engagement à suivre Jésus en aimant notre prochain comme nous-mêmes. Nous avons
été exhortés à persévérer et à tenir ferme dans l'attente du Royaume de Dieu. «Béni soit Dieu,
le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute
consolation» (2 Cor. 1.3).
*Ce document fut adopté par 454 voix contre 5 et 31 abstentions.