CONFERENCE OF EUROPEAN CHURCHES
CONFERENCE DES EGLISES EUROPEENNES
KONFERENZ EUROPAEISCHER KIRCHEN


La Conférence des Églises européennes
et l'Église évangélique d'Allemagne

Consultation sur le thème:
" Importance des aspects culturels lors d'entretiens et de rencontres entre orthodoxes et protestants "

Hannovre, Allemagne, 22 - 25 novembre 1999



Déclaration

A l'initiative de la Conférence des Églises européennes (KEK) et en collaboration avec elle, l'Église évangélique d'Allemagne (EKD) a organisé, du 22 au 25 novembre 1999 à Hannovre, une consultation sur le thème " Aspects culturels lors de dialogues et de rencontres entre orthodoxes et protestants ".

Dans le cadre de cette consultation, placé sous la direction de l'Évêque Dr. Rolf Koppe (responsable au sein de l'EKD de l'Oikoumène et du travail avec l'étranger) et du Métropolite Dr. Athanasios de Helioupolis et Theira (Patriarcat oecuménique), 20 participant(e)s - représentant diverses églises orthodoxes et protestantes ainsi que des institutions oecuméniques, toutes engagées à différents niveaux en matière de dialogue et de rencontres entre orthodoxes et protestants - ont ainsi eu l'occasion de collaborer.

Cette consultation s'inscrivait dans la suite logique des rencontres sur les " Questions fondamentales de la compréhension entre le protestantisme occidental et l'orthodoxie orientale " Dulliken/Suisse (7-9 février 1997 et 13-15 février 1998), organisées par la Fédération des Églises protestantes de la Suisse (FEPS) et l'Institut de la Foi dans le 2ème monde (Institut Glaube in der 2. Welt), au cours desquelles l'importance de facteurs non-théologiques dans les relations entre les deux traditions chrétiennes avait été étudiée.

Les relations oecuméniques entre Églises orthodoxes et protestantes sont désormais plus compliquées et plus tendues qu'il y a deux ans et demis, à l'époque des entretiens de Dulliken. Des signes de positionnement différent sont de plus en plus marqués de part et d'autre. Nous avons pu constater à notre grand regret que dans de nombreuses déclarations politiques l'unité de l'Europe se trouvait remise en question en raison de cultures et de confessions différentes. Face à cette tendance, nos Églises restent fidèles à l'unité dans la diversité des cultures et des confessions en Europe.

Trois exposés ont servi de points de départ aux débats:

Ces interventions ont éclairé le thème retenu pour la consultation du point de vue de l'exégèse, de la vie ecclésiale pratique et des aspects ethno-psychologiques. D'autres apports, commentaires et échanges d'expérience sont venus les compléter et les élargir.

Dans les discussions qui suivirent, il est ressorti que les formes et niveaux de dialogue et de rencontre déjà en place s'organisaient autour de la connaissance de l'autre, d'une collaboration oecuménique et de travaux théologiques en faveur de l'unité de l'Église. Le dialogue oecuménique revêt une importance particulière, du moins d'un point de vue pratique, dans les régions où chrétiens orthodoxes, des Églises orientales anciennes et protestants expérimentent un voisinage ou un partenariat oecuménique.

La relation " Évangile et culture " fut analysée à partir de l'expérience historique de l'Ancienne Église.. La proclamation de l'Évangile dans diverses langues et cultures donne lieu à différentes formes de foi chrétienne. La foi porte distinctement l'empreinte de l'environnement culturel. Il n'est pas facile de dissocier l'une de l'autre. Lorsque l'on retranscrit certaines expériences de la foi ou des réflexions théologiques dans une autre langue, il faut prêter une attention spéciale aux particularités et aux spécificités culturelles de la langue (éthymologie, connotation, etc.). Dans nos Églises, expériences de la foi et réflexions théologiques multipes doivent continuer à être traitées dans le respect des particularismes culturels afin qu'elles ne s'excluent pas mutuellement et n'engendrent pas de peurs, mais qu'elles soient perçues comme un enrichissement servant la cause de l'unité.

Dans le cadre du dialogue et des rencontres oecuméniques de nouveaux domaines apparaissent en fonction des aspects culturels: citons par exemple la théologie et la peinture des icônes de la tradition orthodoxe qui se frayent un chemin dans la vie ecclésiale protestante ou encore la musique religieuse protestante dont le message spirituel trouve un écho toujours plus important chez les orthodoxes. De même, la littérature et le cinéma sont des formes d'art qui ont un impact sur la société et peuvent transmettre de manière positive des expériences de la foi.

Les actions pratiques déjà entreprises doivent être poursuivies et complétées par de nouvelles opportunités:

Nous encourageons nos Églises à prendre de nouvelles mesures pour renforcer la formation et le perfectionnement en sciences oecuméniques.
Nous exhortons tout particulièrement nos Églises à s'engager en faveur de la réouverture de l'Université théologique du Patriarcat oecuménique à Halki.

Nous avons constaté que de nombreux résultats des dialogues théologiques menés à ce jour entre nos Églises ainsi que les expériences tirées de rencontres n'étaient pas suffisamment connus. Il arrive même que certains résultats ne soient pas traduits et publiés dans toutes les Églises concernées.

Nous recommandons à nos Églises de s'engager dans le sens de l'application de ces résultats et de prévoir des mandats correspondants. Ce processus de " réception " doit pouvoir s'appliquer jusqu'au niveau des paroisses et englober des domaines comme le travail des femmes, des jeunes, des adultes, etc.

En référence au colloque organisé par la KEK et le gouvernement norvégien à Oslo " L'Europe et la crise du Kosovo " (14-16 novembre 1999) ainsi qu'à la rencontre serbe (1-3 octobre 1999) organisée à l'initiative de l'Église orthodoxe serbe - diocèses d'Europe centrale par l'EKD à Loccum, le défi que les Églises européennes doivent relever en ce qui concerne la réconciliation en Europe du Sud-Est, fut également abordé. Nous avons été impressionnés par l'exposé du Prof. Pribislav Simic de l'Église orthodoxe serbe à propos de la situation actuelle des Églises dans l'ex-Yougoslavie. Tous les chrétiens et Églises d'Europe se sentent concernés par la situation dramatique que connaît la population de cette région d'Europe.

Nous encourageons la KEK à s'engager pour la mise en oeuvre des recommandations formulées à Oslo et lançons un appel à toutes les Églises européennes pour qu'elles intensifient leur engagement en faveur de la réconciliation et de la reconstruction dans cette région.

A cet égard précisément, le rôle important joué par l'histoire dans la mémoire et la mentalité des hommes et des femmes d'aujourd'hui ainsi que son impact sur leur comportement, sont apparus clairement. Des groupes d'individus, voire même des Églises, interprètent leur histoire commune différemment, parfois même de manière opposée. Ceci constitue une entrave à la réconciliation entre les personnes et les Églises concernées. Il suffit de penser aux expériences faites en Irlande du Nord dans le cadre de la guérison des mémoires (Healing of Memories).

Nous recommandons à nos Églises de revenir ensemble sur leur histoire pour une nouvelle approche de leur passé qui permettra d'ouvrir la voie à la réconciliation.

La question des relations Église / Nation fut également abordée dans le cadre du colloque. Une fois de plus, il a été constaté que dans diverses Églises la notion de nation était un concept culturel, historique et théologique très différencié et que les Églises d'Europe optaient pour une attitude différente vis-à-vis de leur propre nation. Sans parler des tendances nationalistes.

Nous recommandons à nos Églises d'avoir des échanges réguliers à ce propos, afin de traiter des conflits potentiels avant qu'ils ne deviennent dangereux.

A l'occasion de cette consultation nous avons une fois de plus pris conscience de l'importance du dialogue et des rencontres entre nos Églises - malgré les points problématiques et surtout à cause d'eux. Nous avons forgé un élan nouveau pour l'approfondissement du dialogue et l'intensification des rencontres entre Églises d'Europe.

Nous encourageons nos Églises à poursuive leur collaboration au sein de la KEK et dans d'autres organisations oecuméniques.
Nous recommandons par ailleurs à la KEK de planifier, en relation avec ses Églises membres, l'organisation de colloques similaires.



Hannovre, le 25.11.99

Au nom de tous les participant(e)s au colloque

L'Évêque Dr. Rolf Koppe
Le Métropolite Dr. Athanasios